mercredi 8 mars 2017

MANIAC

                                                              Photo emprunté sur Google, appartenant au site videodrome666.tumblr.com

de William Lustig. 1980. U.S.A. 1h28. Avec Joe Spinell, Caroline Munro, Abigail Clayton, Kelly Piper, Rita Montone, Tom Savini, Hyla Marrow, James Brexster, James Brewster, Tracie Evans, Sharon Mitchell.

Sortie salles en France le 09 mars 1982 / U.S: 26 Décembre 1980.

FILMOGRAPHIE: William Lustig est un réalisateur américain né le 1er février 1955 dans Le Bronx à New York. Il est le neveu du boxeur Jake La Motta.
1980: Maniac. 1983: Vigilante. 1988: Maniac Cop. 1990: Maniac Cop 2. 1993: Maniac Cop 3.
1997: Uncle Sam.


Gestation d'un mythe contemporain.
Au lendemain de Noël 1980 et cinq mois avant le 1er volet de la saga Vendredi 13 sort sur les écrans Maniac réalisé par le novice William Lustig. Un pavé dans la marre, une expérience déviante faisant office d'électro-choc au sein du paysage ludique du psycho-killer. Genre familièrement intitulé "slasher" et démocratisé deux ans au préalable par John Carpenter avec l'immuable Baby-sitter murder (ça c'était pour le clin d'oeil car rebaptisé depuis sa sortie par le titre celte Halloween). Frank Zito est un solitaire vivant reclus dans son appartement en compagnie de mannequins de vitrine. Leur visage sanguinolent est entaché de perruques qu'il s'applique à clouer sur leur crane. Ces chevelures sont à l'origine de véritables scalps qu'il perpétue sur des proies féminines durant ses errances nocturnes. Frank rodant dans la ville de New-York pour punir toutes les femmes qu'il aborde incidemment.


Scènes de crimes
Sans concession, le préambule rentre dans le vif du sujet pour illustrer sous une photo granuleuse blafarde un double meurtre crapuleux (strangulation et égorgement). Sous l'intempérie d'un ciel nuageux, un couple d'amants se prélasse sur une plage déserte. Sans rémission, une présence hostile à la respiration pondéreuse s'avance vers eux pour les assassiner avec une rare sauvagerie ! L'ambiance mortifère qui s'y dégage s'infiltre déjà à travers la pellicule maculée de sang ! Mais tout ceci n'était qu'une réminiscence ! Un cauchemar à nouveau fantasmé par le tueur au sein de l'intimité de sa chambre. C'est ensuite vers une cité urbaine malfamée qu'il déambule pour trouver refuge dans une chambre de motel en compagnie d'une jeune prostituée. Furtivement, elle finira étranglée et scalpée ! La brutalité graphique de cette longue séquence éprouvante foudroie par son réalisme âpre en insistant notamment sur les visages horrifiés des protagonistes (plans serrés à l'appui !). Un sentiment suffocant renforcé de la physionomie spectrale du tueur ruisselant de perles de sueur car s'acharnant de ses mains béantes sur le cou de la victime pour l'étouffer ! Ce premier homicide au climat de folie tangible dérange à point tel qu'aucun cinéaste n'était allé aussi loin pour le retranscrire aussi explicitement. Un autre exemple illustre bien le parti-pris à la fois ostentatoire et radical de Lustig avec la poursuite dans le métro au cours duquel notre tueur coursera sans répit une infirmière avant de la trucider. Un morceau d'anthologie au climat de claustration singulier si bien qu'il provoque le marasme, autant pour la victime effarouchée s'efforçant de retenir son souffle dans une cabine de toilette, que pour le spectateur voyeur tétanisé par la perméabilité de sa terreur épidermique !


Un tueur dans la ville
Sans perdre de vue ses pérégrinations nocturnes, Lustig continuera de se focaliser sur ses monstrueuses exactions perpétrées dans une mégalopole new-yorkaise tangiblement hostile, car d'autant plus asservie par l'emprise du tueur qu'il semble en être le taulier des lieux. Lustig cultivant avec souci documentaire le sentiment d'insécurité omniprésent régi au sein d'un dédale urbain en déliquescence morbide. Dans une ambiance opaque irrésistiblement magnétique, il dessine en parallèle l'introspection pathologique du criminel en sondant notamment ses pensées licencieuses sous l'impulsion de monologues patauds. Le spectateur observant attentivement ses tourments et ses cauchemars nocturnes résultants d'une profonde solitude et d'un trauma infantile en mettant en évidence sa culpabilité mélancolique de n'avoir pu combler sa mère abusive. De ses névroses et de sa déréliction émanent un refoulement sexuel, une profonde misogynie envers les femmes qui empiètent son chemin. Sa rancoeur et sa haine de sa mère autrefois punitive le contraignant à se transformer en ogre vindicatif contre la gente féminine, et ce en dépit de sa brève liaison amiteuse avec une photographe de mode (endossée par la prêtresse Caroline Munroe) qu'il s'efforce vainement de nouer.


Dans la tête du tueur
Si Maniac fascine et dérange de façon aussi épidermique, c'est également grâce à la prestance hallucinée de Joe Spinell littéralement habité par ses démons internes. Une présence viscérale sidérante de naturel que renforce en prime son physique adipeux et vérolé, sa chevelure croulante et son regard noir habité par la psychose. Qui plus est, ses longs râles plaintifs ne cessent d'hanter la pellicule durant son cheminement autodestructeur noyé de sang mais aussi de larmes. Car malgré tout, et par intermittence, on se surprend à lui tolérer une certaine empathie lors de moments intimes d'une quotidienneté ennuyeuse où ce dernier se parle à lui même pour regretter la disparition de sa mégère autrefois catin. Par le truchement de son passé de maltraitance infantile (il porte des stigmates de sévices corporels sur le corps et on apprend qu'il fut souvent confiné au fond d'un placard en guise de châtiment), Joe Spinell nous insuffle de la compassion dans sa fonction de victime sacrifiée.

                          
Une expérience de cinéma extrême, un choc visuel halluciné, une épreuve immorale en compagnie intime d'un comparse incurable !  
Par son ambiance mortifère à couper au rasoir émanant d'une virée urbaine criminelle, Maniac semble paradoxalement encore plus trouble, fascinant et immersif qu'à l'époque de sa sortie ! Une descente aux enfers jusqu'au-boutiste qui aligne sans modération des scènes gores graphiques d'un réalisme cinglant (respect Mr Savini !), quand bien même sa bande-son stridente aux percussions électros (Jay Chattaway à son apogée!) décuple son sentiment endémique d'insécurité. Eprouvant, angoissant, dérangeant mais éminemment fascinant, Maniac cultive en prime un réalisme parfois surréaliste (à l'instar de son final apocalyptique des plus perturbants !) auprès du psyché torturé du tueur tentant désespérément de fonder un semblant d'harmonie autour de mannequins en berne 

Note: En France, le film, interdit au moins de 18 ans, dû attendre deux ans pour pouvoir accéder à nos salles, faute des démêlés intransigeants d'une censure Giscardienne. Il fut en outre interdit en Australie et en Allemagne de l'est.

Bruno Matéï
08.03.17. 5èx
27.02.11. (472 vues)

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