mercredi 2 mars 2011

L'EXORCISTE (The Exorcist) .Version Originale de 1973.


de William Friedkin. 1973. U.S.A. 2h06. Avec Max von Sydow, Ellen Burstyn, Jason Miller, Linda Blair, Lee J. Cobb.

Sortie salles France: 11 Septembre 1974. U.S: 26 Décembre 1976.

FILMOGRAPHIE: William Friedkin est un réalisateur, scénariste et producteur de film américain, né le 29 août 1935 à Chicago (Illinois, États-Unis). Il débute sa carrière en 1967 avec une comédie musicale, Good Times. C'est en 1971 et 1973 qu'il connaîtra la consécration du public et de la critique avec French Connection et L'Exorciste, tous deux récompensés aux Oscars d'Hollywood.
1967: Good Times. 1968: l'Anniversaire. 1968: The Night they Raided Minsky's. 1970: Les Garçons de la bande. 1971: French Connection. 1973: l'Exorciste. 1977: Le Convoi de la peur. 1978: Têtes vides cherchent coffres pleins. 1980: The Cruising. 1983: Le Coup du Siècle. 1985: Police Fédérale Los Angeles. 1988: Le Sang du Châtiment. 1990: La Nurse. 1994: Blue Chips. 1995: Jade. 2000: l'Enfer du Devoir. 2003: Traqué. 2006: Bug. 2012: Killer Joe.


Mike Oldfield / Linda Blair / Dick Smith / 2 Oscars / 402 500 000 $ de recette dans le monde entier !
1973: Une date charnière dans le paysage horrifique pour l'une des oeuvres les plus terrifiantes de tous les temps ! L'Exorciste s'illustrant autant comme un drame éprouvant à la dimension humaine sentencieuse. Que ce soit du point de vue d'une mère démunie des forces démoniaques qui habitent l'esprit de sa fille ou celle d'un prêtre dubitatif de sa foi catholique mais en voie de rédemption. Dès la scène d'introduction instaurée au proche-orient, un climat solaire irakien distille une aura étrangement malsaine parmi les fouilles archéologiques du père Merrin en possession d'une relique démoniaque. Rapidement, des visions et incidents aléatoires vont interférer sur son chemin avant la découverte d'une sculpture beaucoup plus éloquente incarnant le démon Pazuzu (divinité de la Mésopotamie du 1er millénaire av. J.-C.). En parallèle, à l'autre bout du monde, nous faisons connaissance avec l'actrice de cinéma, Chris MacNeil, en pleine répétition sur un tournage urbain. Au niveau familial, séparée de son amant, elle cohabite avec sa fille Regan parmi la main d'oeuvre de deux domestiques. Un soir, après avoir entendu des bruits inquiétants dans le grenier, Chris investit vainement les lieux à l'aide d'une bougie. En alternance, nous suivons la routine monotone du prêtre Damien Karras, davantage dubitatif de ses convictions catholiques et tourmenté par la santé précaire de sa mère sclérosée. Une autre nuit, Regan rejoint la chambre de sa mère car se plaignant d'un sommeil agité, faute des soubresauts imbitables sur son lit. Mais la tension va monter d'un échelon lorsque sa mère découvre horrifiée les brusques convulsions que sa fille subit sur son matelas. Dès lors, de manière insidieuse et latente, le démon va prendre possession de l'adolescente !


Par le biais de ces évènements improbables aussi déconcertants, ancrés dans la réalité contemporaine du quotidien, l'Exorciste ne pouvait que surprendre et bouleverser les habitudes du spectateur qui n'était pas habitué à un tel florilège de violence satanique ! Car c'est dans ses croyances religieuses que l'Exorciste déstabilise, dérange et perturbe viscéralement. Notamment par le biais de sa réflexion universelle sur l'existence spirituelle, notre combat interne du Bien et du Mal et ses ressorts contradictoires. L'intrigue escarpée est d'autant plus pénible à suivre qu'il s'agit d'un cas de possession infligé sur l'innocence d'une gamine de 12 ans (on peut d'ailleurs y déceler une métaphore sur la crise adolescente et la part du Mal qui est innée en chacun de nous !). Mais avant l'entrée en scène du diable et de ses provocations licencieuses, Willliam friedkin aura pris soin de nous familiariser à l'épanouissement de cette fillette débordante de douceur et d'affection auprès de sa mère lors de moments intimes de leur quotidienneté. Si en l'occurrence le film continue de choquer et de nous éprouver sans modération, c'est en partie grâce à la progression dramatique des personnages en perdition, témoins malgré eux des forces du Mal par le biais d'un corps de chair martyrisé !


Que ce soit la mère totalement désemparée et à bout de nerf, ou le prêtre Karras rongé par le remord de n'avoir pu être au chevet de sa mère au moment de son trépas, l'Exorciste aborde les thèmes de l'amour maternel, la foi catholique et l'espoir d'une rédemption avec souci d'humanisme et d'authenticité. William friedkin préconisant le drame familial d'une intensité psychologique terrifiante lorsqu'une fillette dépend de la volonté du démon parmi des séquences horrifiques ou inquiétantes jamais vues sur un écran de cinéma. Que ce soit la visite dans le grenier, Regan urinant face aux invités, ses spasmes et convulsions sur son lit, sa tête pivotante, son crucifix planté dans son vagin, l'épreuve des examens radiographiques et de son éprouvante ponction, l'agression du psychiatre lors d'une séance d'hypnose, puis enfin les séances d'exorcisme d'un réalisme à la limite du soutenable. Les dix dernières minutes s'avérant d'une violence aussi exubérante que frénétique ! Enfin, L'Exorciste, c'est aussi en annexe une forme d'hommage au 7è art que représente le personnage de Chris, actrice exerçant fougueusement son métier, et celui du détective cinéphile plutôt passéiste d'un cinéma classique. Pour parachever, parmi l'appui des maquillages impressionnants conçus par Dick Smith, il faut saluer la performance en roue libre de Linda Blair endossant avec un naturel trouble le personnage de Regan dans une posture en demi-teinte, entre candeur et perversion maléfique. Enlaidie par son faciès méphitique, défigurée par des stigmates corporels, elle nous ébranle d'effroi lors de ses gouailles démoniaques à proférer spontanément de vulgaires insanités auprès de son entourage.


Fer de lance de l'horreur sataniste inspiré d'une histoire vraie (voir ci-dessous), L'exorciste déploie les épisodes démoniaux avec une virtuosité technique et une acuité émotionnelle névralgique. Drame humain bouleversant d'une mère et d'un prêtre brimés par les forces surnaturelles, l'Exorciste souhaite aussi nous résoudre à l'existence du Diable que Dieu s'efforce de repousser parmi l'appui de ses pratiquants. Avant-gardiste, cette expérience diabolique aussi dérangeante qu'éprouvante est également transcendée par l'inoubliable mélodie malingre de Mike Oldfield et la prestance dépravée de Linda Blair, archétype de l'ange démoniaque !

Bruno Matéï
24.10.10.   6èx


Le point de vue de Peter Hooper;

// Crise de foi //

Comment le récit d’une jeune fille possédée par le démon, vomissant une immonde bouillie verdâtre, éructant avec une voix d’homme les pires insanités en s’enfonçant un crucifix dans le vagin allait devenir un des plus gros succès de l’histoire du cinéma ?
Nous sommes alors dans ces années 70 ou les nouveaux nababs on prit le pouvoir sur les studios. Friedkin fait partie de ces jeunes réalisateurs aux dents longues qui imposent avec intégrité leur style, à contre-courant des dictats du vieil Hollywood. C’est la fameuse génération du New Hollywood, celle de la liberté artistique, incroyablement créatrice et furieusement décomplexée, et il est certain que L’exorciste n’aurait jamais vu le jour en d’autres temps.
Difficile en effet d’imaginer quelques années plus tôt qu’une œuvre estampillée age d’or mette en scène une gamine hurlant à un prêtre « baise moi ! ». Même dans le cinéma actuel un « Ta mère suce des queues en enfer ! » a plus de chance de surgir d’un Scary Movie que des dialogues d’un film mainstream.
La scène d’ouverture dans le désert irakien, ou le père Merrin (Max Von Sydow) découvre la tête de statuette du démon Pazuzu, introduit l’intrigue avec cette esthétique naturaliste typique des productions New Hollywoodiennes. Car Friedkin exige pour L’exorciste, au grand dam de Blatty le scénariste et également auteur du roman éponyme, de conserver une photographie proche du documentaire.
Le chef opérateur Owen Roizman déjà aux manettes de French connection va accomplir le miracle ( !) tant espéré par le réalisateur avec des images délavées et ternes qui installent un réalisme cru. Des pertes de coloration pour montrer comment le mal prend le dessus en éteignant progressivement les « lumières de la vie », avec des prises de vue en plongée et contre plongée vers l’obscurité, les ténèbres. Magistral !
Pour décrire le calvaire de la possédée Friedkin va faire s’agiter un lit, avancer des meubles, claquer des portes, faire léviter la fille les bras en croix avec des stigmates qui apparaissent sur ses poignets et ses chevilles…des effets chocs qui fonctionnent et qui sont alors inédits. Mais il les utilise pour donner du volume à une composante huis clos naturellement étriquée dans cette chambre.
Car les vrais (gros) coups de frousse Friedkin les assènent avec la métamorphose de Regan, son visage comme ses attitudes montrant ce que l’on n’avait encore jamais vu. Sa gorge qui gonflent, ses yeux révulsés, sa langue démesurée, l’apparition des plaies, sa tête qui tourne a 180 °…Dick Smith, un des papes des FX à l’ancienne va donner à Regan cette apparence terrifiante du démon qui a pris sa place, mais sans faire disparaître les traits juvéniles de Linda Blair. L’empathie avec cette pauvre fille est alors totale et son calvaire devient (presque) le notre, accentuant cette sensation de malaise jusqu’à l’insoutenable. Sous son maquillage Linda Blair reste une « jeune fille » tout en incarnant une parfaite possédée.
Une tension paroxysmique qui va exploser dans le dernier acte lors de cet interminable et traumatisante scène de l’exorcisme. Un rite précédé par un des plans les plus mythiques du cinéma d’horreur : devant la maison, la silhouette du prêtre est dessiné par un halo de lumière provenant de la chambre de Regan. Une image qui continue de faire le tour du monde.
Suivi donc de cette demi-heure éprouvante pour nos nerfs, d’une incroyable intensité dramatique, pleine de fureur, de violence psychologique.
L’occasion de LA scène qui continue de me hanter (!) ou Karras (Jason Miller) découvre Merrin mort d’épuisement. Assise dans un coin du lit, Regan le visage démonisé les mains devant la bouche, masque un sourire coquin, dans l’attitude puérile d’un garnement content de sa « bêtise ». Diaboliquement effrayant !
Le père Karras en plein doute sur sa propre foi apporte cette distanciation nécessaire pour démontrer combien la frontière entre le bien et le mal est un fil ténu, alors la médecine et la psychiatrie ont déjà échoué.
Si l’on rajoute le score minimaliste qui n’étouffe jamais l’ambiance, ne fonctionnant jamais comme un « sur effet », on ne peut bien sur ne pas faire impasse sur un des thème les plus parfaitement identifiable du 7e art, le monumental Tubular Bells de Mike oldflied !
J’avais a peu prés 14 ans lorsqu’au début des années 80 j’ai vu ce film et comme beaucoup de personnes, j’ai vraiment flippé ! Plus de 40 ans plus tard je suis toujours fasciné par son audace et surtout par la manière dont Friedkin arrive a prendre le contrôle total de nos émotions. Car au final L’exorciste s’aborde comme une expérience et s’impose à ce titre comme la pierre philosophale du film d’épouvante.


Avertissement ! Toutes les infos qui vont suivre sont relayées par le site WIKIPEDIA:

FAIT DIVERS:
L'histoire de ce film se base sur des faits publiés dans l'édition du 20 aout 1949 du Washington Post. En effet, alors que William Peter Blatty n'est encore qu'étudiant, il tombe sur un article relatant un cas d'exorcisme sur un garçon de 14 ans en 1949 dans le Maryland. Il se met alors à écrire sur le sujet. Le livre se vend à 13 millions d'exemplaires seulement aux États-Unis.

RECOMPENSES:
1974 : Oscar du meilleur son pour Robert Knudson et Christopher Newman
1974 : Oscar du meilleur scénario adapté pour William Peter Blatty
1974 : Golden Globe du meilleur film dramatique
1974 : Golden Globe du meilleur réalisateur pour William Friedkin
1974 : Golden Globe du meilleur scénario pour William Peter Blatty
1974 : Golden Globe de la meilleure actrice dans un second rôle pour Linda Blair

ANECDOTES: Réticente à laisser une enfant proférer des injures aussi crues, la production décida de confier la voix du démon dont est possédée la petite Regan à l'actrice Mercedes McCambridge, alcoolique repentie. Pour ce doublage, elle s'est beaucoup investie moralement : elle s'est remise à boire et à fumer pour obtenir cette voix très grave. Afin de rentrer dans le personnage de Regan, elle a demandé à être attachée à une chaise. Elle s'est réellement torturée mentalement et physiquement.

BOX-OFFICE: L'Exorciste rapporte 66 300 000 $ lors de sa sortie aux États-Unis et au Canada entre 1973 et 1974. Après plusieurs ressorties, il engrange 89 000 000 $. Il a, à ce jour, remporté 402 500 000 $ dans le monde entier. Il est classé 1er parmi les 20 films les plus regardés de l'année 1973.

2 commentaires:

  1. Excellent ! Par contre je trouve le nouveau montage complètement raté et dénaturant complètement le film : http://deadstillalive.canalblog.com/archives/2011/01/23/20367070.html

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  2. on est bien d'accord Leatherface avec son nouveau montage mercantile

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