samedi 3 décembre 2016

MASSACRES DANS LE TRAIN FANTOME

                                                                           Photo empruntée sur Google, appartenant au site arte.tv

"The Funhouse" de Tobe Hooper. 1981. U.S.A. 1h39 (Uncut). Avec Elizabeth Berridge, Shawn Carson, Jeanne Austin, Jack McDermott, Cooper Huckabee.

Sortie salles France: 24 Juin 1981. U.S: 13 Mars 1981

FILMOGRAPHIETobe Hooper est un réalisateur américain né le 25 Janvier 1943 à Austin (Texas)
1969: Eggshells, 1974: Massacre à la Tronçonneuse, 1977: Le Crocodile de la Mort, 1979: The Dark (non crédité), 1981: Massacre dans le Train Fantôme, 1982: Poltergeist, 1985: Lifeforce, 1986: l'Invasion vient de Mars, Massacre à la Tronçonneuse 2, 1990: Spontaneous Combustion, 1993: Night Terrors, 1995: The Manglers, 2000: Crocodile, 2004: Toolbox Murders, 2005: Mortuary, 2011: Roadmaster.


A peine remis du succès scandale de Massacre à la Tronçonneuse et du non moins poisseux Crocodile de la mortTobe Hooper rempile à nouveau avec l'horreur pour son troisième métrage, un slasher hybride au décorum original et au titre significatif: Massacre dans le Train fantôme. Outre son appellation française à but lucratif, c'est une manière tacite de rappeler que derrière la caméra se cache l'auteur du film d'horreur le plus célèbre et controversé des années 70. Alors qu'ils décident de passer frauduleusement une nuit à l'intérieur d'un train-fantôme, quatre étudiants vont être témoins d'un crime si bien qu'ils doivent sauver leur peau après avoir été dépisté par l'un des criminels. A partir d'une trame plus finaude que de coutume, Tobe Hooper exploite le slasher avec inventivité dans son lot de rebondissements auquel une tension dramatique va amplifier le malaise pour la destinée des adolescents. En l'occurrence, le tueur masqué s'avère intelligemment exploité puisqu'il n'est que l'instrument d'un maître-chanteur particulièrement influent, son propre paternel ! Ayant incidemment étranglé une foraine après un acte sexuel (une séquence suggestive pourtant glauque surtout si l'on soupçonne également qu'il s'agirait de sa propre mère !), le meurtrier, accoutré d'un masque de Frankenstein, va invoquer l'aide de ce dernier afin de se débarrasser du corps. Ayant été témoins de la scène, nos quatre intrus sont donc destinés à périr pour une raison justifiée, faute d'avoir eu la déveine d'être au mauvais moment au mauvais endroit. De surcroît, le tueur s'avère également une victime dans sa condition de freak déficient en quête d'affection (à l'instar de sa posture indulgente avec l'héroïne), asservi par l'autorité d'un père sans vergogne, principal instigateur des crimes à venir. 


Esthétiquement flamboyant sous un format scope et dans un panel d'éclairages polychromes, le réalisateur imprime une grande importance à la scénographie foraine à travers ces manèges à sensations, spectacles de magie et show érotiques ! Sur ce point, la première demi-heure constitue une vraie déclaration d'amour à ce rassemblement forain lorsque les jeunes étudiants envisagent de s'y balader pour visiter stands et attractions entre une fumette de joint. Le ton sarcastique et bon enfant qui prédomine sa première partie (notamment son prologue binaire parodiant Halloween et Psychose) va vite déchanter quand nos protagonistes se retrouvent pris au piège dans l'enceinte du train fantôme. En jouant sur la figuration horrifico-théâtrale des monstres ricanants qui jalonnent le manège, Tobe Hooper insuffle un climat anxiogène en demi-teinte, car aussi attirant que déstabilisant. La manière abrupte et inopinée dont nos adolescents vont ensuite tomber sous les traquenards meurtriers (le train est truffé de chausse-trappes alors que deux tueurs s'insèrent dans l'action !) traduit notamment une volonté de se démarquer de la conformité. Notamment en détournant les clichés des personnages si bien que la blonde ne dévoile jamais ses seins alors que la brune, virginale, les exposera. Le film épouse d'ailleurs un climat quelque peu malsain au fil des situations de survie et entraîne un rythme toujours plus intense quand à la destinée cauchemardesque de l'unique survivante en état de marasme ! On songe d'ailleurs un instant au climat de folie qui imprégnait la pellicule de Massacre à la Tronçonneuse lorsque l'héroïne envahie de visions horrifiées semble sombrer dans la démence !


Captivant, angoissant, claustro, tendu et cauchemardesque, Massacre dans le Train Fantôme renouvelle le slasher en délocalisant l'action en interne d'un parc d'attractions, réceptacle de nos peurs enfantines ! Si la psychologie des personnages juvéniles aurait mérité un peu plus d'attention, ils n'en demeurent pas moins empathiques dans leurs motivations désespérées à rejoindre l'issue de secours ! Ce qui prouve l'attrait sombre des situations de survie que Tobe Hooper cultive avec une certaine tension dramatique. Illustration baroque de la destinée infortunée des Freaks sous l'impulsion d'une famille dysfonctionnelle (notamment du point de vue ambigu du frère cadet de l'héroïne car aussi badin que couard à la persécuter pour finalement l'ignorer de sa condition captive), ce conte sardonique aux allures de film de monstres (notamment ses clins d'oeil à la Universal !) dilue une atmosphère vénéneuse autour des exactions véreuses d'une filiation consanguine. Un bijou encore plus scintillant qu'à l'époque de sa sortie ! 

Bruno Dussart
25.01.14. 5èx (127)

1 commentaire:

  1. laurent4 mai 2014 à 13:18
    salut Bruno
    Rien à ajouter, "Funhouse" est un film d'horreur comme on les aime, malin, tordu, humain, que l'on regarde pour pimenter son samedi soir d'un soupçon de frayeur mais qui ne fait rien d'autre que nous montrer une fois de plus le triste spectacle de la misère humaine.

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