samedi 20 août 2011

SUSPIRIA (Soupirs !)

                                                       Photo empruntée sur Google appartenant au site: http://www.listal.com/viewimage/1466818h

Suspiria de Dario Argento. 1977. Italie. 1h39. Avec Jessica Harper, Stefania Casini, Flavio Bucci, Miguel Bosé, Barbara Magnolfi, Susanna Javicoli, Eva Axen, Rudolf Schundler, Udo Kier, Alida Valli, Joan Bennett.

Sortie en salles en France le 18 Mai 1977. U.S: 12 Aout 1977.

FILMOGRAPHIE: Dario Argento est un réalisateur et scénariste italien né le 7 septembre 1940, à Rome (Italie).
1969: l'Oiseau au plumage de Cristal, 1971: Le Chat à 9 queues, Quatre mouches de velours gris, 1973: 5 Jours à Milan, 1975, Les Frissons de l'Angoisse, 1977: Suspiria, 1980: Inferno, 1982: Ténèbres, 1985: Phenomena, 1987: Opera, 1990: 2 yeux Maléfiques, 1993: Trauma, 1996: Le Syndrome de Stendhal, 1998: Le Fantome de l'Opéra, 2001: Le Sang des Innocents,2004: Card Player, 2005: Aimez vous Hitchcock ?, 2005: Jennifer (épis Masters of Horror, sais 1), 2006: J'aurai leur peau (épis Masters of Horror, sais 2), 2006: Mother of Tears, 2009: Giallo, 2011: Dracula 3D.

                                   

"La magie est une chose à laquelle on croit, ou et quand que ce soit, et qui que l'on soit".

Deux ans après son chef-d'oeuvre giallesque, Les Frissons de l'Angoisse, Dario Argento fait coup double avec Suspiria, clef de voûte du Fantastique moderne exploitant l'univers de la sorcellerie comme aucun cinéaste n'avait su le retranscrire au préalable. Spectacle halluciné de sons et lumières, cet opéra de mort nous emporte dans un maelstrom d'émotions à la merci de son auteur transi de créativité. Un génie illuminé réussissant à transcender la forme par l'alchimie de sa caméra expérimentale. Ou comment réinventer l'affres de l'angoisse à travers l'existence des sorcières caractérisées par la mère des soupirs: Helena Markos. Susie Benner, jeune ballerine américaine, débarqué à Fribourg sous une nuit pluvieuse. Après avoir pris un taxi pour rejoindre son académie de danse, l'école lui interdit l'accès sans motif . Au même moment, elle aperçoit une jeune fille affolée quittant brusquement les lieux. Quelques instants après, la mystérieuse inconnue est sauvagement assassinée. Susie comprends peu à peu que l'école renferme de troubles secrets alors que d'autres meurtres aussi cinglants seront perpétrés.
                                        
Suspiria débute avec un prologue oppressant. Susie Benner, sort d'un aéroport pour appeler furtivement un taxi, faute d'une pluie battante. A bord du véhicule conduit par un étrange chauffeur, son trajet nocturne suscite une aura anxiogène lorsque son regard troublé semble apeuré par l'opacité d'une pluie agressive entrevue par la vitre du taxi. L'inquiétude de la jeune fille va un peu plus s'accentuer avec la découverte irréelle d'une présence humaine courant à travers bois d'une forêt clairsemée. Cette silhouette féminine est une jeune apprentie congédiée de l'académie pour mauvaise conduite. Quelques instants avant sa fuite, Susie avait tenté de comprendre le vocabulaire de cette inconnue lorsqu'elle s'était adressée à l'interphone de l'établissement. Dario Argento, en pleine possession de ses ambitions formelles, créé déjà une ambiance atypique aussi fascinante que magnétique. Le score lancinant façonné par les Goblin, comptine doucereuse violemment percutante dans ses accents choraux, va venir scander ce florilège d'images fantasmagoriques jusqu'au fameux double meurtre. Un moment d'anthologie d'une cruauté hallucinée où l'on ne compte plus les coups de poignards assénés à la victime suppliciée, sans compter ce gros plan incongru d'un coeur battant transpercé par la lame d'un couteau acéré. Autant dire que les 20 premières minutes sont déjà pour le spectateur une épreuve horrifique jamais vécue de manière aussi sensitive sur écran de cinéma ! L'expérience virtuose (la caméra, sagace et véloce, multiplie les angles et cadrages alambiqués !) constituant un concerto funèbre alliant hurlements de la victime moribonde à la frénésie féerique d'images épiques.

                                            

Le cheminement suivant nous borde par la main de Susie dans l'antre d'un mystère lattent régi au sein d'une académie de danse. Un établissement d'une beauté baroque irréelle variant à l'infini les décors picturaux érigés sous une architecture bigarrée, teintes criardes à l'appui. Une splendeur esthétique désincarnée agencée à l'intérieur du moindre plan, où les quelconques objets, symboles et détails les plus anodins sont contrastés par la caméra expérimentale. Les différentes loges accordées aux apprenties danseuses et les pièces secrètes qui environnent les alentours sont une excursion hermétique où l'occultisme du Mal domine instinctivement ceux qui y ont trouvé refuge. Quand à leur hiérarchie réglementaire, elle est gouvernée par des femmes autoritaires compromises par des secrets inavouables. Cet irrésistible sentiment de perte des sens avec la réalité nous est exacerbé avec l'acte morbide du meurtre gratuit. Celui d'un aveugle piégé au coeur d'un palais historique car subitement égorgé par son propre chien, et celui de la ballerine un peu trop curieuse, pris au piège dans les mailles de filets métalliques. Argento, plus que jamais déguisé en alchimiste perfide, nous hypnotise la vue et l'ouïe à travers ces séquences inédites où l'horreur surnaturelle frappe brutalement sans prévenir (zooms audacieux à l'appui pour venir ausculter les plaies entaillées). Cette combinaison de gore outrancier et de beauté gracile est filmée d'une manière si épidermique qu'elle nous fascine avec une anxiété indicible !

                                     

Et lorsque le destin de la reine noire, Helena Markos, est évoquée à travers la culture d'un illustre psychiatre, plus de doute n'est alors imposé à l'héroïne (et au spectateur !), préalablement indécise. Le monde des sorcière existe bel et bien, et Argento souhaite rationaliser ce sentiment absurde du surnaturel tyrannisant notre monde dans l'unique but de nous faire souffrir afin d'accéder à l'autocratie. Mais les sorcières ne peuvent obtenir cette divinité qu'en exerçant le mal pour le soumettre aux êtres humains (par la maladie, la souffrance et fatalement la mort). Cette doctrine mécréante fondée sur l'annihilation par la magie culmine sa danse funeste vers une antichambre de l'enfer en connivence avec la candeur Spoil ! d'une fleur d'Iris. Fin du spoil Ce code secret finalement déchiffré est notamment une quête initiatique pour la jeune Susie, ici éprise de vaillance audacieuse pour accéder à l'horrible vérité ! La fascination exercée par cette confrérie véreuse atteint son apothéose lors d'un point d'orgue de terreur crispante et d'explosions de feu.


La Danse des Sorcières
Conte de fée pour adultes auquel Blanche Neige se serait égarée au pays des merveilles, Suspiria constitue une ultime expérience avec la peur de l'inconnu initiée à la beauté d'une horreur érotique. Argento, hanté par ses ambitions occultes créant ici l'opéra anxiogène le plus scintillant car oscillant inlassablement avec l'élégance épurée et l'horreur forcenée d'une mère des soupirs. Illuminé par la douceur chétive de Jessica Harper, aussi engourdie par son environnement fantasmatique qu'étourdie par le concerto déchaîné des Goblin, Suspiria s'érige en ballet cabalistique ! La danse de sorcières la plus ensorcelante de l'histoire du cinéma.

Dédicace à Jessica Harper et Bruno Matéï (qui ne s'en est jamais remis)

19.08.11. 6
Bruno Matéï

suspiria, suspiria, suspiria

7 commentaires:

  1. Excellent la dédicace!!!
    FABULEUSE CRITIQUE,film qui transcende le genre,qui est une hallucination jouissive et sensorielle,une expérience au delà du rêve et du cauchemar...un chef d'œuvre absolu,total,immense, et nous simple cinéphile ne sommes pas digne de voir un tel métrage (mais on ne se généra pas pour le voir 46588468 de fois!)

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  2. ta critique est la meilleure et la plus complète que j'ai lue sur ce film, tout y est ! tu arrives à capter l'essence et le message du film de manière ultra pertinente, je te dis "bravo !" Mathias aka Killjoy aka Horror Detox

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  3. Et ben ! Ou dois-je planquer ma tête !
    Un grand merci Luke et Mathias, ça me touche au plus haut point, sachant que c'est LE film de ma vie (avec La Solitude...).
    Suis vraiment comblé avec vos impressions.

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  4. Excellente critique, une photo superbe pour un film haut en couleur.
    Les placements de caméra comme je les aiment .

    un remake (sacrilège) est en pré-production, le nom de David Gordon Green est avancé.

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  5. Bon je prends le risque de me faire taper lol... mais ce n'est pas mon Argento préféré. Par contre 20/20 pour le travail des couleurs !

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  6. lol Céline, et tu as le droit ! ^^

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