jeudi 4 septembre 2014

SURVIVANCE (Just Before Dawn). Grand Prix du film d'angoisse au Rex de Paris.

                                                                           Photo empruntée sur Google, appartenant au site identi.li

de Jeff Lieberman. 1981. U.S.A. 1h37. Avec Gregg Henry, Deborah Benson, George Kennedy, Chris Lemmon, Jamie Rose, Ralph Seymour, Katie Powell, John Hunsaker.

RécompensesGrand Prix du film d'Angoisse au Festival du Rex à Paris, en 1981.
Prix d'interprétation Féminine pour Deborah Benson.

FILMOGRAPHIEJeff Lieberman est un réalisateur et scénariste américain né en 1947 à Brooklyn, New-York.
1972: The Ringer. 1976: Le Rayon Bleu, La Nuit des Vers Géants. 1980: Dr Franken (TV). 1981:Survivance. 1988: Meurtres en VHS. 1994: But... Seriously (TV). 1995: Sonny Liston: The Mystérious Lie and Death of a Champion (TV).2004: Au Service de Satan.

                                    

Honnête artisan indépendant, Jeff Lieberman avait séduit les amateurs d'horreur en 1976 en réalisant simultanément deux séries B débridées plutôt bien troussées, La Nuit des Vers Géants et Le Rayon Bleu. Mais en 1981, il revigore le genre du survival forestier avec Survivance, récompensé à juste titre du Grand Prix du film d'Angoisse et du Prix d'interprétation féminine pour Deborah Benson au festival du Rex de Paris. Cinq amis partent en week-end pratiquer du camping sauvage dans une forêt reculée alors qu'un meurtre vient d'être commis non loin d'une église désaffectée. Un témoin de la scène les averti qu'un démon accoutré d'une machette rode dans les alentours. Croyant avoir affaire à un ivrogne demeuré, le groupe continue sa route s'enfonçant dans la contrée montagneuse.

                                 

Dans la mouvance de Délivrance et de Vendredi 13Survivance se porte en étendard d'efficacité par son ambiance anxiogène particulièrement diffuse. A contrario de ce parti-pris éthéré, le spectateur est d'abord frappé par son prologue meurtrier lorsque deux comparses éméchés sont réunis dans une église désaffectée alors que l'un d'eux croit entrevoir du plafond ébréché la silhouette d'un individu. Surpris par cette présence hostile, le témoin s'empresse de sortir de l'oratoire pour tenter de le démasquer, quand bien même son compagnon resté à l'intérieur finira assassiné à coup de machette ! Cette séquence brutale s'avère d'autant plutôt crue dans la manière viscérale dont la pauvre victime se retrouve segmentée entre les jambes ! Fatalement, l'intrigue se focalise ensuite sur la randonnée pédestre des 5 vacanciers partis camper au fin fond de la forêt. Outre l'interprétation convaincante des protagonistes juvéniles, les évènements qui leur seront imposés s'avèrent d'autant moins convenus dans leur attitude perplexe face à l'appréhension. En prime, la partition ombrageuse concoctée par Brad Fiedel (sifflement entêtant à l'appui faisant écho dans la nuit !) exacerbe à merveille son climat d'insécurité au sein d'un décor forestier plein de charisme. Car si on élude la photogénie cauchemardesque de Délivrance, rarement un environnement naturel n'aura paru aussi ensorcelant dans son aura diaphane !

                               

Autour du cheminement funèbre des protagonistes, Jeff Lieberman façonne donc une tension oppressante avant l'agression de meurtres rigoureusement cruels (Spoiler ! l'homme à bout de souffle dévalant d'un pont de cordes, le couple polisson soudainement pris à parti avec le tueur dans le cimetière Fin du Spoiler). Chaque situation d'hostilité étant savamment orchestrée par les éléments de suspense et d'angoisse plutôt que le caractère ostentatoire d'effets gores spectaculaires. Et pour parachever dans l'effet de surprise sardonique, un rebondissement impondérable va également ébranler nos survivants et les inciter à redoubler de vigilance face à la mort ! Ce qui nous amène à un cinglant point d'orgue régi autour d'une traque nocturne qu'un couple en légitime défense va tenter de braver. En célébrant la cause féminine, on peut saluer la prestance stoïque de Deborah Benson (ovationnée de son prix d'interprétation au Rex !) d'une sobriété assez inédite dans le genre pour contrecarrer la caricature de potiche écervelée ! Hormis ses sentiments de peur et d'intuition perceptibles, cette héroïne audacieuse est finalement gagnée par la hargne primitive d'affronter l'animosité de son tueur. En second plan, les amateurs pourront reconnaître le jeune acteur Gregg Henry (rendu célèbre par la série TV les héritiers ou encore par le suspense Hitchcockien, Body Double). Son affable prestance en serait presque aussi convaincante si sa partenaire virile ne lui avait pas volé la vedette. Spoiler !!! Enfin, le portrait de famille octroyé à nos tueurs azimutés rappelle indubitablement les rednecks rétrogrades de La Colline a des YeuxDélivrance ou encore de Massacre à la Tronçonneuse, notamment dans leur morphologie mongolienne. Fin du Spoiler.

                                    

Plus de 30 ans après sa sortie et une flopée d'épigones, Survivance garde intact son pouvoir anxiogène grâce en priorité à la photogénie d'une ambiance forestière incroyablement prégnante. La qualité inhabituelle de son interprétation, son score musical râleux et les séquences brutales qui empiètent l'intrigue renforçant notamment l'efficacité d'un survival intense générant l'angoisse des situations plutôt que le gore outre mesure. Et pour une fois qu'une héroïne pugnace vole la vedette à tout le monde, rare pour le genre de ne pas le souligner ! 

Note: A sa sortie dans certaines salles (notamment celle dont j'ai assisté au cinéma Cantin de Liévin), le film était interdit au moins de 13 ans, alors qu'en vidéo il fut proscrit aux moins de 18 ans comme il était originellement prévu ! En prime, la version éditée sous le label Hollywood Vidéo est également trompeuse dans le sens où elle n'était pas rigoureusement intégrale !

Dédicace à Guillaume Matthieu.
16.08.11. 6
Bruno Matéï.

L'avis de Mathias Chaput:

Il existe des films qui bonifient le genre auquel ils s’apparentent par leur force, leur charisme et l’aura qu’il dégage irrémédiablement, on peut dire aisément que « Survivance » se range dans cette catégorie, en liaison avec le slasher, mais en y imputant une telle vision immersive, une telle grâce et un tel talent dans l’insolite que le spectateur s’imprègne instantanément dans le métrage et ce, dès les premières secondes…

Tout est configuré pour exercer une fascination, en partie due à la beauté des paysages et à la sensation d’étouffement lors des séquences nocturnes, le sentiment de « piège » irradie aussi bien les protagonistes du film que le spectateur, pris en tenailles dans un long cauchemar stressant et délicieux en même temps…

L’aspect de géméléité consanguine rajoute un degré dans l’horreur et amplifie le malaise provoqué, exactement comme dans des films comme « La colline a des yeux », « Tourist trap » ou plus récemment « Wolf creek », les références sont nombreuses mais « Survivance » se démarque en sortant du lot pour imposer sa patte, son style savoureux inhérent aux chefs d’œuvre du survival américain, sa filiation directe est bel et bien le « Délivrance » de John Boorman

La neutralité des personnages principaux fait que l’on n’a pas envie de les voir se faire zigouiller, à contrario de la saga des « Vendredi13 » avec ses jeunes débiles et peu attrayants, ici on suit le déroulement de l’histoire sans parti pris grâce à une mise en scène intelligente de la part de Lieberman, qui évite les raccourcis et la facilité, souvent employée dans les slashers de cette époque…

Son film se rapproche plus de films comme « Unhinged » ou même de « Psychose » que des succédanés horrifiques qui florissaient à la pelle dans le cinéma américain des eighties, plombés par la vénalité et la réalisation faite à la va-vite…

Non seulement « Survivance » est une grande réussite mais, outre le fait de passer un bon moment, il arrive à revigorer le genre du slasher en étant INSOLITE, c’est exactement le terme qui m’est venu à l’esprit lorsque j’ai achevé le visionnage…

Sous couvert d’un style, « Survivance » le réinvente totalement, effaçant les codes pour les récréer lui-même, sans besoin de quiconque…

Imparable et ayant bâti le renouveau d’un cinéma balbutiant et victime d’embolies stylistiques dès sa naissance, « Survivance » est un film qu’il faut voir impérativement, tout vient de ce film magistral qui redonna ses lettres de noblesse au slasher…

Note : 10/10

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