lundi 14 novembre 2011

LA MAISON PRES DU CIMETIERE (Quella villa accanto al cimitero)


de Lucio Fulci. 1981. Italie. 1h26. Avec Catriona MacColl, Paolo Malco, Ania Pieroni, Giovanni Frezza, Silvia Collatina, Dagmar Lassander, Giovanni De Nava, Daniela Doria, Gianpaolo Saccarola.

Sortie en salles en France le 24 Mars 1982. U.S: 01 Mars 1984
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FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Lucio Fulci est un réalisateur, scénariste et acteur italien, né le 17 juin 1927 à Rome où il est mort le 13 mars 1996.
1966: Le Temps du Massacre, 1969 : Liens d'amour et de sang , 1971 : Carole, 1971: Le Venin de la peur,1972 : La Longue Nuit de l'exorcisme, 1974 : Le Retour de Croc Blanc, 1975: 4 de l'Apocalypse, 1976: Croc Blanc, 1977 : L'Emmurée vivante, 1979: l'Enfer des Zombies, 1980 : la Guerre des Gangs, 1980 : Frayeurs, 1981 : Le Chat noir, 1981 : L'Au-delà, 1981 : La Maison près du cimetière , 1982 : L'Éventreur de New York , 1984 : 2072, les mercenaires du futur, Murder Rock, 1986 : Le Miel du diable , 1987 : Aenigma, 1988 : Quando Alice ruppe lo specchio, 1988 : les Fantomes de Sodome, 1990 : Un chat dans le cerveau, 1990 : Demonia, 1991 : Voix Profondes, 1991 : la Porte du Silence..


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Personne ne saura jamais si les enfants sont des monstres ou les monstres des enfants.
Henry James.
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En 1981, juste après sa fresque morbide, l'Au-delà, le maître du macabre renoue une 4è fois avec la thématique du zombie pour façonner La Maison près du CimetièreUn point d'orgue intimiste mettant un terme à sa sarabande de cadavres lépreux exhumés des portes de l'Enfer des Zombies, de Frayeurs et de l'Au-dela. Néanmoins, méfiez vous aujourd'hui des enfants qui pleurent dans le noir ! Près de Boston, aux Etats-Unis, un couple emménage dans une demeure avec leur fils. Le jeune Bob possède la faculté de communiquer par télépathie avec une étrange fillette entrevue sur une photo. Bientôt, de mystérieux évènements vont se produire dans l'ancienne maison des Freudstein. En effet, cet ancien propriétaire qui était un chirurgien fasciné par la quête d'immortalité aurait trouvé l'antidote afin de se régénérer.
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Avec son prélude concis quelque peu gratuit, la Maison près du Cimetière insuffle néanmoins dès ses premières secondes un sentiment anxiogène d'angoisse latente. Une maison clairsemée de style gothique se trouve à proximité d'un cimetière hanté par la famille Freudstein. A l'intérieur de cette bâtisse, un couple d'amoureux entré par effraction s'improvise un cache-cache nocturne alors que la jeune fille, davantage transie d'inquiétude, est aussitôt appréhendée par le maître de maison, Dr Freudstein ! Lucio Fulci réussit aussitôt à créer le malaise par l'entremise d'une affres tangible dans ces recoins funestes d'une demeure antique et souhaite nous alarmer du danger létal provenant du gouffre de la cave. Après nous avoir brièvement présenté la nouvelle famille Boyle installée dans leur nouvelle propriété, un contact ombrageux est établi entre l'enfant, Bob, et une jeune enfant du nom de Mae. Préalablement aperçue à travers un portrait de tableau inscrit sur le mur de leur ancienne habitation, Bob semble le seul à pouvoir voir, entendre et communiquer avec cette étrange fillette. Une rouquine particulièrement contrariée que le jeune garçon puisse emménager chez les Freudstein. Pendant que Mr Boyle continue ses recherches funèbres sur le passé trouble et meurtrier de ce chirurgien utopiste, Lucie, Ann, la femme de ménage, et Bob vont être témoins de phénomènes irrationnels de plus en plus terrifiants.
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En opposant le thème de la maison hantée avec le mythe du mort-vivant, le réalisateur peaufine une ultime fois un conte macabre effrayant où l'innocence infantile est mise en amont pour être sévèrement tourmentée. Hormis un scénario obscur parfois incohérent (la relation équivoque qu'entretiennent sans logique Norman Boyle et la babysitter, Ann, ou encore le parquet ensanglanté que cette dernière s'empresse de nettoyer sans donner d'explication plausible), l'intérêt de l'intrigue est privilégié par un sentiment de terreur tangible suintant de la tanière d'une cave scellée. En maître de l'effroi, Fulci refait surgir à de nombreuses reprises nos peurs enfantines du monstre enfermé dans le placard, le noir envahissant d'un sous-sol décrépi caractérisé ici par une sombre cave. Alors que de jour comme de nuit, le bourdonnement inquiétant de bruits résonnants à travers les cloisons ainsi qu'une voix enfantine d'enfant en larmes importunent les vivants. En dépit d'une direction d'acteurs toujours aussi terne et hésitante (même si Catriona McCool et la troublante Ania Pieroni relèvent sobrement le niveau), un décor mortuaire faisant office de personnage à part entière nous est transcendé à travers l'environnement glauque de cette oubliette souterraine occultant des cadavres dépecés, éventrés ou démembrés. A chaque instant où l'un de nos protagonistes dubitatifs souhaitent malencontreusement oser franchir les escaliers menant au sous-sol, un sentiment persistant d'oppression nous est savamment distillée. En prime, fidèle à sa réputation de maître transalpin du putride et de l'horreur graphique, Lucio Fulci, entouré de sa fidèle équipe (le maquilleur Gianneto de Rossi et le photographe Sergio Salvati), nous confectionne une fois de plus deux séquences gores hallucinées auquel la sauvagerie déployée et la manière d'ausculter les chairs éviscérées nous laisse pantois de stupeur ! Tisonnier pénétré dans la chair à trois reprises jusqu'à l'éclatement orgasmique d'une carotide puis tranchages successifs de gorge entaillée au couteau dans des gerbes de sang ! Ces séquences chocs singulières issues de notre pourfendeur transalpin surprennent toujours autant par leur impact à la fois réaliste et couillu ! Mais Lucio Fulci mêle également avec une certaine sensibilité le thème délicat de l'enfance discréditée par l'intolérance des adultes ne souhaitant leur accorder d'intérêt pour leurs angoisses intimes. Le final poétiquement élégiaque dévoilant la véritable identité de Mae et de sa mère nous laisse finalement dans un sentiment d'amertume car nous ne saurons jamais quelle destinée attend Bob auprès de sa nouvelle famille d'accueil.


Avec son scénario un peu confus mais néanmoins original, La Maison près du Cimetière est transcendée par son ambiance pétrifiante d'une demeure gothique photogénique suintant la souillure. En particulier cette cave abritant un monstre solitaire fasciné par les secrets de l'immortalité. Accoutré d'un uniforme saphir enduit de moisissure et d'un faciès purulent et famélique, le Dr Freudstein est apte à entrer au panthéon des créatures moribondes les plus inquiétantes du cinéma d'horreur. La superbe comptine musicale de Walter Rizatti contribuant notamment à instaurer cette ambiance aussi néfaste que mélancolique du monstre tapi dans l'ombre. Un mort-vivant guettant de l'obscurité de sa tanière sa prochaine proie afin de subvenir à ses besoins nutritifs et tout en pleurant sa condition d'âme proscrite. La peur est une denrée rare au cinéma, ne vous privez pas de (re)faire un petit détour du côté mystique de la maison près du cimetière !

14.11.11. 5èx.
Bruno Matéï

La critique de Mathias Chaput:
Au carrefour du film de zombies et du métrage de maisons hantées, « La maison près du cimetière » est une franche réussite, combinant tous les codes chers à Lucio Fulci et se dotant de séquences « hardgore » gratinées, avec pour levier dans l’angoisse les peurs enfantines…

Ultime œuvre du segment quadrilogique de films de zombies initié par « L’enfer des zombies », « Frayeurs » et « L’au-delà », « La maison près du cimetière » se démarque de la violence inhérente à ses prédécesseurs pour imbriquer une poésie, un sens du lyrisme macabre et une ode à la putréfaction chers à Fulci et le final évoque des similitudes avec celui de « The Beyond » de par un onirisme et une sensation d’étrangeté au charme certain, rehaussant la « patte » Fulci dans un catharsis aussi soudain qu’inattendu…

Les bambins sont les vecteurs du film et volent la vedette au Docteur Freudstein, héritage des zomblards ralentissants de « Frayeurs » et prétexte à des séquences chocs précises et terrifiantes, bien cadrées dans la continuité du scénario…

Catriona Mac Coll, égérie de Fulci, est toujours aussi fabuleuse et Ania Pieroni déborde d’un charme ténébreux qui allait faire exploser sa (courte) carrière puisqu’Argento la remarqua et l’embaucha pour deux de ses films (« Inferno » et « Ténèbres »)…

Ponctué d’éclairs et de foudroiements (le passage avec la chauve-souris, les morts violentes –notamment le prologue bluffant- ou les découvertes hasardeuses et funestes), « La maison près du cimetière » est un sommet du genre et consolide un peu plus la carrière de Fulci, ce dernier étant toujours en quête d’explorations cinématographiques…

Il clôt ses expérimentations et intègre un pan supplémentaire de sa filmographie tout en n’oubliant pas de faire plaisir à ses fans de la première heure en leur concoctant un film racé et lugubre, dépressif et capiteux…

Encore une fois, il faut le voir pour comprendre et appréhender le genre qui érigea Fulci comme maitre absolu du film horrifique italien…

Note : 10/10


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8 commentaires:

  1. Fameuse critique sur ce réal transalpin qui à bien l'italian touch au pays des indiens.

    C'est tout un univers Lucio Fulci , avec un grain particulier qui se reconnait tout de suite.

    Il est vrai que les acteurs semblent toujours un peu ailleurs avec lui.
    Et puis le choix de ces musique collent à son style et lui confère une aura
    maintes fois copiées.

    Je l'ai revu l'an passé et il semble tout de même qu'il prend un peu de rides sur les bords, concernant les réactions des acteurs notamment , mais le plus évident et dans la nonchalance du mort vivant qui laisse tout de même le temps de se préparer un sandwich…

    à voir de toute façon..toute une époque.

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  2. lol Lirandel ! En tous cas, la flippe, la vraie, est toujours présente durant la totalité du métrage !

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  3. La flippe venant de toi depuis le temps…pourrai-je dire
    eh bien je te suis puisqu'elle est irréelle et réconfortante.

    Entre les années 68 et 80 le revendication mondiale se focalisait pour la paix: Hendrix ; Morrison ,Lennon et j'en passe.
    les films d'horreur reflétaient les dessous prolétaires et
    les peurs organisés autour de la drogue , du sexe et de l'ésotérisme déviant.

    maintenant les prochains blocks de genre seront en attendant le messie cinématographique tributaires comme toujours sur l'attention de la plèbe aux préoccupations actuelles.

    les films qui marchent dans le sens de la peur aujourd'hui ne font pas peur, ils sont une mode orchestrée vite oubliée.


    La déchéance, la perte d'identité , l'isolation familiale et
    la saintcrosainte croissance dont plus personne n'en comprend les sens.

    Je vois plus un film comme 2019 après la chute de New-York ou un équivalent faire des suées dans la grande assemblée.

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  4. Comme toujours, disséqué au plus juste par Bruno. Cette fois, je ne vais pas venir chercher la bestiole. Le film est un de mes Fulci préférés. Bien d'accord avec toi, lirandel : les films du moment supposés faire peur sont rarement plus terrifiant que le dernier lifting de Berlusconi.
    Pet de nonne sur le gâteau d'anniversaire, dans cette "Maison" se ballade Ania Pieroni. Ouais Bruno... bien troublante cette Ania. On aurait bien aimé être plus souvent troublé par cette craquante "Mère des Larmes" première manière, qui fut aussi la maîtresse de Bettino Craxi. C'est à croire qu'Argento a dispatché ses actrices vers les ténors castras de la politique italienne (remember Berlu-Veronica Lario) !
    Pour les amateurs d'Ania... ben, j'ai une mauvaise nouvelle. C'est vrai que le temps détruit tout.
    http://www.dagospia.com/img/foto/03-2009/16175_tn.jpg

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  5. Excellent article tres interessant, par contre j'ai toujours un peu de mal avec la fin du film, en effet pendant longtemps j'ai cru que Bob mourrait, et qu'il rejoignait Mae et Mme Freudstein car il devenait lui aussi un fantome. Mais sur le net je lis des interpretations tres differentes. Quoiqu'il en soit c'est un de mes Fulci preferé avec L'Au Dela et L'enfer des Zombies. J'ai toujours eu du mal avec Frayeurs.

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  6. Merci Sylvain.
    Non, pour moi Bob n'est pas mort mais je peux comprendre qu'il le soit pour certains. Par contre, je suis très surpris que tu as beaucoup de mal avec Frayeurs (considéré comme son meilleur film avec l'Au-dela). C'est pour moi son oeuvre la plus terrifiante et aboutie.

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  7. En fait ce n'est pas que je n'aime pas Frayeurs et je sais meme que certains préférent ce dernier à l'Au delà. Perso je n'aime pas trop ces zombies qui apparaissent et disparaissent. Et puis Janet Agren en fait beaucoup trop je trouve ! Bref j'ai jamais vraiment accroché à celui ci alors que j'adore vraiment L'enfer des Zombies, L'au dela et La maison pres du cimetiere. Merci d'ailleurs a Neo qui nous sortaient tous ces bijoux en DVD, ce qui nous changeait de nos éditions VHS parfois cut ou de tres mauvaise qualité !

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