mercredi 2 mars 2011

LE CERCLE INFERNAL (Full Circle / The Haunting of Julia). Grand Prix à Avoriaz 1978.


de Richard Loncraine. 1977. Canada/Angleterre.1H38. Avec Mia Farrow, Keir Dullea, Tom Conti, Jill Bennett, Robin Gammell, Cathleen Nesbitt, Anna Wing, Edward Hardwicke, Mary Morris, Pauline Jameson, Arthur Howard...

Récompense: Grand Prix à Avoriaz en 1978.

FILMOGRAPHIE: Richard Loncraine est un réalisateur britannique né le 20 Octobre 1946 à Cheltenham du Gloucestershire, Grande Bretagne.
1975: Flame. 1977: Le Cercle Infernal1982: Drôle de missionnaire. Pierre qui brûle. 1995: Richard III. 2004: La Plus belle victoire. 2006: Firewall. 2009: My One and Only


Sous prétexte d'un cas de demeure hantée habitée par une présence maléfique, Richard Loncraine  aborde le thème du deuil familial et la difficulté de surmonter la perte de l'innocence. Récompensé à l'époque du Grand Prix à Avoriaz, le Cercle Infernal nous dévoile l'opacité d'un au-delà insaisissable à travers l'exutoire d'une mère transie d'amour pour sa défunte fille.  Pendant un déjeuner matinal, Julia et son époux Magnus sont témoins de l'étouffement de leur fille avec un morceau de pomme. Paniquée, elle lui inflige une trachéotomie avant l'arrivée latente des secours. Deux mois plus tard, après un séjour en hôpital psychiatrique, Julia encore perturbée de la mort de sa fille décide de quitter son mari ainsi que sa demeure familiale pour s'installer dans un vaste pavillon londonien. Inexplicablement, elle ressent de manière intuitive une étrange présence dans les lieux, quand bien même l'arrivée de médiums expérimentés va amplifier ce sentiment trouble d'insécurité. Dès l'éprouvant prologue inopinément tragique, nous sommes témoins d'un incident domestique des plus cruel. Cette séquence réaliste particulièrement impressionnante par son marasme imposé se joue aussi du pouvoir de suggestion en insistant sur l'attitude paniquée des témoins horrifiés. Et le point d'orgue de nous administrer sur la fille mourante une trachéotomie infructueuse commise par sa propre mère. La scène suivante se clôt sur le plan fixe de son regard blême et hagard, Julia blottie devant sa porte d'entrée afin d'accueillir vainement les secouristes ! Sa posture contractée, son absence apathique nous dévoilant ensuite un tablier maculé de sang auquel sa main droite maintient un couteau de cuisine.


Après ce tragique fardeau, deux mois ont passé et Julia se retrouve sciemment seule dans une demeure poussiéreuse d'aspect gothique. Au fil des jours et de son isolement, elle éprouve un sentiment persistant d'inquiétude mêlée de fascination envers cet endroit. Par la suite, ce sentiment irrationnel va perdurer et s'exacerber lors de l'improvisation d'une séance de spiritisme conseillée par une équipe de médiums. En l'occurrence, le cheminement nébuleux de Julia va prendre un tournant subversif autour d'une énigme des plus sordides. Obsédée par des révélations aussi frauduleuses qu'improbables, elle se laisse toute de même embarquer dans une enquête consciencieuse afin de démystifier son caractère surnaturel. Des avis de recherche aux révélations interlopes vont profondément heurter sa sensibilité puisque s'identifiant à nouveau vers un autre drame infantile et d'opposer notamment une analogie avec son expérience vécue. Spoiler !!! Mais cette nouvelle intrigue habilement pensée n'était peut-être finalement qu'une confusion de son psyché tourmenté fantasmant un scénario beaucoup plus cruel que sa tragédie personnelle. Une catharsis donc afin de se déculpabiliser de la mort accidentelle de sa propre fille, fantôme errant au coeur de sa conscience dépressive. A moins de subir les tourments vindicatifs d'Olivia, personnification du Mal à l'état brut comme a pu l'évoquer sa génitrice confinée à perpétuité dans un hôpital psychiatrique. Fin du spoilerMotivé par le pouvoir de suggestion et d'envoûtement, Richard Loncraine  cristallise avec Le Cercle Infernal un drame de la solitude sublimant une ambiance gothico-funèbre incroyablement perméable. La densité de sa narration diaboliquement sournoise rendant d'autant plus captivante la quête spirituelle d'une mère aussi éprouvée par le deuil qu'hantée par les forces du Mal. Dans le rôle inoubliable de Julia, Mia Farrow délivre un jeu aussi névrotique que celui de Rosemary's Baby, l'affliction maternelle en sus ! Une composition toute en sensibilité que son physique ténu et famélique renvoie à sa vulnérabilité morale. Démunie et désorientée mais obsédée par ses convictions, elle se laisse autrement soumettre par l'influence d'une victime indocile au point de se laisser voguer vers un échappatoire mortuaire.


Elégie de l'innocence à la mort.
Transcendé par l'inoubliable mélodie élégiaque de Colin Towns, Le Cercle Infernal constitue l'un des chefs-d'oeuvre les plus troubles (photo diaphane à l'appui !) sur le thème de la hantise. Richard Loncraine illustrant avec pudeur la cause désespérée d'une mère inconsolable en quête éperdue d'un exutoire par le biais de l'au-delà. Souvent angoissant, voir parfois terrifiant (la séance de spiritisme, les révélations horrifiantes d'un témoin clef du meurtre d'Olivia mais aussi celles de sa mère impotente), ce poème obsédant culmine vers un destin bouleversant lors d'un épilogue des plus équivoques. Perle noire aussi chétive que la céramique d'une porcelaine, Le Cercle Infernal est un drame sépulcral d'une acuité émotionnelle aussi douloureuse qu'ensorcelante.  

16.10.10.   3.
Bruno Matéï


  


5 commentaires:

  1. Un petit chef d'oeuvre, tout simplement !!

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    1. je rectifie, revu hier soir dans le superbe format d'origine et en fait je reviens sur ce que j'ai dit ci-dessus, ce n'est pas un petit, mais un immense chef d'oeuvre a plus d'un titre ! ambiance magistrale du début à la fin, qui tout comme les fins de "Next of kin" , "Ne vous retournez pas " ou celle de "the other" sans oublier "The mist", m'a laissé a nouveau complètement bouche bée et tétanisée par sa noirceur !

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  2. Je l'ai découvert il y 2 ou 3 semaines et j'ai beaucoup aimé malgré son rythme un peu lent.

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  3. Plus de liens ? J'ai 4 versions de ce film, elles sont toutes infectes. Dommage, j'aurais bien aimé voir celle que tu proposais.

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  4. Désolé mais je ne propose aucun lien sur ce blog.

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