vendredi 15 décembre 2017

L'ILE SANGLANTE

                                             Photo empruntée sur Google, appartenant au site pinterest.fr

"The Island" de Michael Ritchie. 1980. U.S.A. 1h55. Avec Michael Caine, David Warner, Angela Punch Mc Gregor, Frank Middlemass, Don Henderson, Jeffrey Frank, Colin Jeavons, Dudley Sutton, Zakes Mokae.

Sortie en salles US.A: 19 Décembre 1979. France: le 8 Octobre 1980

FILMOGRAPHIE: Michael Ritchie est un réalisateur américain, né le 28 novembre 1938 à Waukesha, dans le Wisconsin, décédé le 16 avril 2001 d'un cancer de la prostate à New-York. 1969: La Descente Infernale, 1972: Carnage, Votez Mc Kay, 1975: Smile, 1976: La Chouette Equipe, 1977: Les Faux durs, 1979: An Almost Perfect Affair, 1980: L'Ile Sanglante, Divine Madness !, 1981: Student Bodies, 1983: The Survivors, 1985: Fletch aux trousses, 1986: Femmes de Choc, Golden Child. 1988: Parle à mon psy, ma tête est malade, 1989: Autant en emporte Fletch, 1992: La Nuit du Défi, 1994: Les Robberson enquêtent, 1994: La Révélation, 1997: La Guerre des Fées, 2000: The Fantasticks.

                         
Réalisateur touche à tout à qui l'on doit l'excellent Carnage/Prime Cut avec Lee Marvin, Michael Ritchie empreinte en 1980 le roman éponyme de Peter Benchley (The Island) pour mettre en exergue les exactions criminelles de boucaniers, héritiers du 17è siècle perpétrant leur triste tradition au sein de notre époque contemporaine. Production mineure chamarrée de deux éminents comédiens (David Warner, même si peu concerné dans la peau du gourou criminel, et Michael Caïne, plus engagé que son rival dans celui de l'otage réduit en esclave), on est d'autant plus surpris de les retrouver conjointement qu'Ennio Morricone est également assigné pour composer la partition musicale. Le journaliste Blair Maynard enquête sur une série de disparitions de navires échoués à proximité du triangle des Bermudes. Avec la compagnie (improbable !) de son fils, ils partent à bord d'un avion à destination d'une île inconnue. Dès leur arrivée, l'appareil réussit in extremis à atterrir sur la piste mais explose après que les occupants purent s'y extraire (l'incident technique est digne d'une bévue de Benny Hill !). Seuls et sans ressources, il sont kidnappés par une étrange communauté après avoir été piégés lors d'une embuscade. 


Série B débridée nanti d'une idée résolument folle et excitante (des pirates détrousseurs de touristes, ancêtres de Barbe Noire au sein de notre époque civilisée !), l'île Sanglante peine à charpenter une narration crédible de par ses situations souvent improbables, ses facilités, incohérences et raccourcis si bien que le montage elliptique (on passe dans le même temps d'un plan de jour à un plan de nuit !) renforce encore plus le côté bâclé de l'entreprise. A l'instar du lavage de cerveau (trop vite expédié) du fils de Blair afin de s'acclimater une nouvelle identité. Pour autant, et grâce à son rythme soutenu émaillé de séquences chocs parfois sanguines et/ou homériques (notamment ce magnifique carnage à la sulfateuse !) et de situations cocasses (Blair et ses trois rocambolesques tentatives d'évasion faute de la négligence de sa maîtresse godiche !), voir même involontairement hilarantes si bien que l'on frise la série Z transalpine (le touriste zélé adepte des arts martiaux totalement indolent pour son futur sort !), l'île Sanglante affiche une plaisante dérision auprès de ses antagonistes aussi déjantés que décervelés. Et donc, en dépit d'un cheminement narratif classique ne réservant aucune surprise, Michael Ritchie compte sur le second degré de son concept incongru sous l'impulsion de seconds-rôles jouant les pitres face caméra avec une décontraction enjouée. L'aspect bordélique (et éculé) du récit (détroussement de touristes/tentatives d'évasions entre deux, trois trahisons) ajoutant un attrait pittoresque aux aventures semi horrifiques auquel un père se résignera à récupérer son fils tributaire d'un sectarisme criminel. 


Nanar des années 80 truffé de maladresses, de faux raccords et de couacs mais coloré et festif (photo solaire en scope en sus), l'île Sanglante distille heureusement un charme exotique et une fraîcheur décomplexée par son esprit bisseux dénué de prétention. On s'amusera également du jeu motivé de Michael Caine en victime sentencieuse s'évertuant à se dépêtre de ses chaines avec une sobriété involontairement amusante. 

* Bruno
15.12.17. 4èx. 
19.07.11.    

jeudi 14 décembre 2017

LA FEMME DU BOULANGER

                                                Photo empruntée sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Marcel Pagnol. 1938. France. 2h11. Avec Raimu, Ginette Leclerc, Charles Moulin, Fernand Charpin, Robert Vattier, Alida Rouffe, Maximilienne

Sortie salles France: 7 Septembre 1938.

FILMOGRAPHIE: Marcel Pagnol est un écrivain, dramaturge, cinéaste et producteur français, né le 28 février 1895 à Aubagne (Bouches-du-Rhône), et mort à Paris le 18 avril 1974 (à 79 ans). 1933 : Le Gendre de Monsieur Poirier. 1933 : Jofroi. 1935 : Merlusse. 1935 : Cigalon. 1936 : Topaze. 1936 : César. 1937 : Regain. 1938 : Le Schpountz. 1938 : La Femme du boulanger. 1940 : La Fille du puisatier. 1945 : Naïs. 1948 : La Belle Meunière. 1951 : Topaze. 1952 : Manon des sources. 1952 : Ugolin. 1954 : Les Lettres de mon moulin. 1967 : Le Curé de Cucugnan (téléfilm).


Dans un petit village provincial, Aimable Castanier perd pied avec la réalité à la suite de la disparition de sa jolie femme beaucoup plus jeune que lui. Désespéré à l'idée de la perdre, ou pire, d'être cocu avec un certain berger jaseront quelques témoins, il incite les villageois à partir à sa recherche. Pendant ce temps, Castanier refuse d'ouvrir sa boutique au grand dam de ses fidèles clients déconcertés par cet affaire d'état. 


Grand classique de la comédie d'avant guerre, la Femme du Boulanger est entré dans l'histoire du cinéma français grâce en priorité à sa séquence finale, moment d'anthologie d'une dérision dramatique aussi fragile que bouleversante lorsque Raimu assène ses sermons à son chat vadrouilleur au moment même où sa femme réapparaît au bercail. Scandé par la prestance du monstre sacré Raimu dans le rôle du Boulanger au bagout intarissable, la Femme du Boulanger aborde les thématiques de l'adultère et du pardon sur le ton de la cocasserie. Et ce avec un goût prononcé pour les dialogues ciselés au risque parfois même de ralentir l'action lors de bavardages un peu récursifs selon moi. Car d'une durée inhabituelle de 2h11 pour l'époque, le récit émaillé de grands moments de drôlerie et de tendresse s'attarde parfois un peu trop sur les confidences plaintives de Castanier (principalement lors de sa beuverie au bar du coin puis dans son foyer) livré à une solitude insurmontable.


Pittoresque, loufoque, voir parfois même hilarant (le métayer s'éternisant à détailler son témoignage  au boulanger d'avoir surpris sa femme dans les bras du berger), la Femme du Boulanger est notamment contrebalancé d'un climat de tendresse parfois poignant, voir parfois même d'une dramaturgie bouleversante lors de son épilogue resté dans toutes les mémoires. Réflexion sur l'incident de parcours d'une infidélité et l'éventuel pardon à y tolérer (si bien que l'erreur est humaine !), cette comédie viticole y dresse autant avec chaleur humaine les us et coutumes de paysans solidaires avec une poésie (verbale) florissante. Et ce en dépit de l'anachronisme de leur esprit conservateur (notamment si je me réfère à la déontologie religieuse du paroissien assez irritant dans ses incessantes leçons de morale qu'il prodigue à tout l'entourage, et à l'intolérance du mouvement féminin (celui des rombières) fondé sur la médisance et les préjugés. En dépit de certaines longueurs facilement pardonnables (notamment sa 1ère partie un peu délicate à se mettre en place), La femme du Boulanger reste une réjouissante farce dramatique (pour ne pas dire vitriolée) opposant avec une fougue expansive les sentiments contradictoires de trahison, de remord et de pardon pour l'enjeu (épineux) de la fidélité (la tentation pour l'apparence reste humaine) et la passion des sentiments (du point de vue de la raison du coeur).

* Bruno

mercredi 13 décembre 2017

UNE EPOQUE FORMIDABLE

                                        Photo empruntée sur Google, appartenant au site filmsbonheur.com

de Gérard Jugnot. 1991. France. 1h36. Avec Gérard Jugnot, Richard Bohringer, Victoria Abril, Ticky Holgado, Chick Ortega, Roland Blanche, Éric Prat.

Sortie salles France: 19 Juin 1991

FILMOGRAPHIEGérard Jugnot est un acteur, réalisateur, scénariste et producteur français, né le 4 mai 1951 à Paris en France. 1984 : Pinot simple flic. 1985 : Scout toujours... 1988 : Sans peur et sans reproche. 1991: Une époque formidable. 1994 : 3000 scénarios contre un virus : La Pharmacie. 1994 : Casque bleu. 1996 : Fallait pas !... 2000 : Meilleur Espoir féminin. 2002 : Monsieur Batignole. 2005 : Boudu. 2009 : Rose et Noir. 2017 : C'est beau la vie quand on y pense.


Première incursion dans la comédie dramatique en tant qu'acteur et réalisateur après s'être prêté à  trois comédies populaires, Gérard Jugnot surprend étonnamment avec Une Epoque formidable. Prenant pour thèmes la crise du chômage (ciblant toutes les couches sociales), la démission parentale et la misère humaine du point de vue des "sans domicile fixe", Une Epoque formidable (titre on ne peut mieux idoine par son esprit caustique !) ne sombre jamais dans le misérabilisme et la sinistrose pour susciter une poignante émotion. A contrario, Jugnot, acteur spontané et réalisateur affûté, gageant sur le ton cocasse des situations marginales afin d'y alléger sa dramaturgie politiquement incorrecte. Cadre dans une entreprise, Michel Berthier est mis à la porte du jour au lendemain. Honteux de son limogeage, il l'occulte à son épouse au moment même où une violente dispute éclate entre eux. Pétri d'orgueil et de colère impulsive, il finit par quitter son foyer. Au fil de ses errances urbaines, il tombe sur un quatuor d'attachants clochards pour autant peu recommandables. 


Evitant agréablement les clichés du pathos, de la caricature et des situations convenues, Gérard Jugnot opte pour l'anticonformisme dans sa peinture sociétale d'SDF sur la corde raide. Celle de leur refuge (presque inévitable) vers la délinquance étonnamment décrite dans un leste dosage de réalisme (quasi documenté), de pincée de poésie et de dérision. Michel sombrant dans la spirale de la maraude, du mensonge, du subterfuge et du cambriolage sous l'autorité insolente et individualiste de ses compagnons orphelins. A l'instar du toubib contestataire que Richard Borhinger incarne avec une ferveur, une verve et une esprit finaud de par sa personnalité ambivalente (puisque pétri de rage et de haine pour l'injustice et l'inégalité sociales !). Ce dernier trahissant son nouvel acolyte Michel au moment d'un gros coup, et ce sans pour autant susciter un soupçon de remord. Incessamment impliqués pour l'enjeu de survie, ce n'est qu'au fil de leurs pérégrinations urbaines qu'entraide et fraternité vont pouvoir fusionner au coeur d'une jungle hétéroclite. La classe bourgeoise, les médias (avides de sensationnalisme), quelques flics et commerçants n'accordant que peu de crédit ou d'empathie à ces recalés de la prospérité. Michel et ses comparses s'épaulant pour réapprendre à (sur)vivre dans une modeste (pour ne pas dire minimaliste) simplicité et avec un sens de la débrouille aventureux. 


Mené sur un rythme trépidant au fil d'un cheminement narratif regorgeant de péripéties et rebondissements parfois dramatiques (mais jamais surchargés), Une Epoque Formidable oscille brillamment cocasserie et tendresse sous l'impulsion d'une poignée d'éminents comédiens parvenant résolument à faire oublier leur stature médiatique. Jugnot, réalisateur, parvenant à nous attacher à ces marginaux impudents avec une dimension humaine poignante (mais souvent sous-jacente), à l'instar des retrouvailles inespérées entre un père désemparé (car destitué de son identité) et son fils d'une main secourable (Julien Harlay, formidable de juste mesure dans sa requête paternelle !). Et si le happy-end (en demi-teinte) peut paraître un brin romantisé, il reste crédible et constitue par cette unique occasion une belle leçon d'amour, de pardon et de tolérance du point de vue familial. 

@ Bruno

Info subsidiaire (source Wikipedia): Dans son enquête de septembre 2014 concernant les 20 films de cinéma les plus regardés par les Français entre 1989 et 2014 lors de leur diffusion à la télévision française, Médiamétrie indique que le film avait été vu par 13,27 millions de téléspectateurs le 23 novembre 1993 ; il arrivait donc en 17e position de la liste des films les plus vus. 

mardi 12 décembre 2017

INCUBUS

                                            Photo empruntée sur Google, appartenant au site avoir-alire.com

de Leslie Stevens. 1966. U.S.A. 1h15. Avec William Shatner, Milos Milos, Allyson Ames, Ann Atmar, Eloise Hardt, Robert Fortier

Sortie salles France: Novembre 1966. U.S: 26 Octobre 1966

FILMOGRAPHIE: Leslie Clark Stevens IV (Leslie Stevens) est un scénariste, dramaturge et producteur de télévision américaine né le 3 Février 1924, décédé le 24 Avril 1998. 1960 : Propriété privée. 1962 : Hero's island. 1965 : Incubus. 1987 : Three kinds of heat.


Exhumé de l'oubli en 1998 grâce à la Cinémathèque Française, Incubus est l'archétype par excellence du film maudit qui plus est tourné en espéranto (une langue internationale peu utilisée au cinéma). Une sortie salles extrêmement discrète (11 430 entrées sur notre territoire), un incendie dévastateur causant la perte de la bande originale en dépit d'une seule copie que notre cinémathèque eut pu sauver, la société Davstar qui tomba en faillite et trois comédiens retrouvés morts après le tournage ! Milos Milos s'étant suicidé après avoir tué sa compagne, Ann Atmar en fit de même pour sa personne et la fille de l'actrice Eloise Hardt fut retrouvée également assassinée après avoir été kidnappée ! Sorti en Dvd en 2001 sous l'égide du distributeur Jean-Pierre Dionnet qualifiant l'essai comme un chef-d'oeuvre (voir son digne monologue dans les Bonus), Incubus renaît enfin de ces cendres avec une intensité électrisante. Véritable cauchemar éveillé truffé de séquences mystiques d'un onirisme aussi bien baroque que macabre, l'intrigue nous relate la romance improvisée entre une succube pratiquant des sacrifices humains pour le prince des ténèbres, et un jeune soldat voué à la cause de Dieu que sa soeur avait recueilli après la guerre.


Autour de ce duo sentimental, les forces du Bien et du Mal vont se combattre jusqu'à ce que l'un emporte la mise. Tourné dans un magnifique noir et blanc rappelant par moments les plus belles fresques du Masque du Démon de Bava, Incubus est une pure invitation au rêve sous l'alchimie du Mal. Comme si Satan en personne était descendu sur terre pour s'approprier une caméra et filmer ses méfaits mortifères afin de nous les faire partager (Spoil ! et ce en dépit de son échec à rameuter un nouveau fidèle lors du tragique happy-end fin du Spoil). C'est dire la puissance de son atmosphère horrifique que Leslie Stevens transfigure avec un sens du cadrage alambiqué et un stylisme sépulcral. On s'étonne également du jeu expressif des acteurs méconnus littéralement hantés, possédés par la cause de Satan, quand bien même le néophyte William Shatner parvient à nous faire oublier son illustre rôle de Capitaine Kirk dans celui d'un soldat dévoué, partagé entre la passion des sentiments et la raison de Dieu qu'il se résigne finalement à sauvegarder en dernier ressort. Si l'intrigue étique et sans surprise (en dépit d'une sublime résurrection assez latine je trouve) avait gagnée à être plus dense et étoffée, sa fulgurance formelle tout droit sortie d'un authentique cauchemar (qu'on aurait donc gravé sur pellicule) emporte tout sur son passage. Et le jeu bougrement inquiétant des seconds-rôles nous magnétise par leur capacité à nous faire croire (sans effet de manche) à leur foi surnaturelle (vision dérangeante oh combien crépusculaire d'un bouc à l'appui !).


Véritable ovni infortuné condamné à la solitude, à l'isolement et à la damnation si je me réfère aux circonstances tragiques des suites du tournage, Incubus demeure une perle rare dans son désir de rationaliser une expérience sataniste imprégnée de mystère diffus et de visions cauchemardesques (notamment l'exhumation d'un incube) que l'on croirait extirpées de l'Enfer. A découvrir d'urgence pour les vrais amateurs d'ambiance funèbre, cas de figure autonome et (si) inspiré de la divinité du Mal constamment aux aguets à épier nos failles et faiblesses. 

 @ Bruno

lundi 11 décembre 2017

SEULE DANS LA NUIT

                                       Photo emprunté sur Google, appartenant au site cinemapassion.com

"Wait Until Dark" de Terence Young. 1967. U.S.A. 1h47. Avec Audrey Hepburn, Alan Arkin, Richard Crenna, Efrem Zimbalist Jr., Jack Weston, Samantha Jones.

Sortie salle France: 11 Septembre 1968. U.S: 26 Octobre 1967.

FILMOGRAPHIETerence Young est un scénariste et réalisateur britannique, né le 20 juin 1915 à Shanghai, Chine, décédé le 7 septembre 1994 à Cannes d'une crise cardiaque.1946 : La gloire est à eux. 1948 : L'Étrange Rendez-vous. 1948 : One Night with You. 1949 : Les Ennemis amoureux. 1950 : Trois des chars d'assaut. 1951 : La Vallée des aigles. 1952 : The Tall Headlines. 1953 : Les Bérets rouges. 1955 : La Princesse d'Eboli. 1955 : Les Quatre Plumes blanches. 1956 : Safari. 1956 : Zarak le valeureux. 1957 : Au bord du volcan. 1958 : La Brigade des bérets noirs. 1959 : Serious Charge. 1960 : La Blonde et les nus de Soho. 1961 : 1-2-3-4 ou les Collants noirs. 1961 : Les Horaces et les Curiaces. 1962 : James Bond 007 contre Dr No. 1963 : Bons Baisers de Russie. 1965 : Les Aventures amoureuses de Moll Flanders. 1965 : Guerre secrète. 1965 : Opération Tonnerre. 1966 : Opération Opium. 1967 : Peyrol le boucanier. 1967 : La Fantastique Histoire vraie d'Eddie Chapman. 1967 : Seule dans la nuit. 1968 : Mayerling. 1969 : L'Arbre de Noël. 1970 : De la part des copains. 1971 : Soleil rouge. 1972 : Cosa Nostra. 1974 : Les Amazones. 1974 : L'Homme du clan. 1977 : Woo fook. 1979 : Liés par le sang. 1981 : Inchon. 1983 : La Taupe. 1988 : Marathon.


Classique des Seventies, Seule dans la nuit est un superbe thriller d'angoisse exploitant à merveille le cadre exigu d'un appartement tamisé. Celui d'une jeune aveugle contrainte de s'y cloisonner car constamment persécutée par un trio de trafiquants à la recherche d'une poupée bourré d'héroïne. Le réalisation parvenant facilement à nous familiariser dans ce décorum par le biais de détails domestiques qui auront pour la plupart une certaine importance dans le déroulement de l'action. Nanti d'une atmosphère d'insécurité sous-jacente puis tangible au fil du cheminement de survie de Susy en proie à une intimidation toujours plus agressive, Seule dans la nuit parvient efficacement à captiver sous le pilier d'un scénario machiavélique semé de rebondissements et d'idées retorses. Notamment l'intrusion de cette jeune ado impertinente (qu'endosse dans une étonnante spontanéité Julie Herrod) qui va peu à peu (et en guise de pardon pour son comportement indocile) prêter main forte à Susy avec un sens de bravoure assez couillu. L'empathie amicale éprouvée pour celles-ci fonctionnant à merveille dans leur esprit subitement commun de solidarité.


Un habile moyen de relancer l'action vers une direction plus alarmiste lorsque Susy s'apercevra du traquenard négocié dans son cadre domestique, et ce par la cause d'une poupée devenue introuvable que son mari absent aura égaré. Prenant pour cadre claustro cette unité de lieu et de temps, l'intrigue se focalise essentiellement sur ces rapports de force psychologiques entre nos 3 malfrats, délibérés à s'approprier la poupée, et Susy, parvenant grâce à sa cécité puis à Gloria (sa voisine de palier fureteuse) à découvrir leur stratégie perfide de communication avec un sens de l'intuition et de l'orientation clairvoyant. Outre le caractère haletant du suspense rondement mené autour de cette victime singulière prise à parti avec trois usurpateurs (Richard Crenna, Jack Weston et surtout l'inquiétant Alan Arkin se disputent la vedette avec un charisme viril patibulaire dans leur esprit insidieux d'autorité), Seule dans la Nuit parvient à exacerber son angoisse ouatée auprès d'une dernière partie nocturne, jeu de cache-cache entre la victime et le tueur. Terence Young parvenant à inverser les rôles autour d'une confrontation physique se déroulant dans la pénombre puis le noir parmi l'inventivité de détails domestiques (couteau de cuisine, bidon d'essence, lumière de frigo, foulard) compromis à l'action horrifique. Quand bien même, et sans que l'héroïne ne s'en aperçoive un seul instant, un cadavre était secrètement planqué à proximité d'elle afin de dramatiser l'atmosphère feutrée.


Illuminé par la présence aussi bien chétive que pugnace d'Audrey Hepburn parfaitement à l'aise  dans son rôle d'handicapée en initiation héroïque (elle était en faite équipée de lentilles pour mieux se prêter au jeu de la cécité !), Seule dans la Nuit redore le genre du thriller avec originalité et savoir-faire. Terence Young plutôt avisé à charpenter son récit gérant efficacement l'espace et l'action (si bien qu'on en oublie très vite sa facture théâtrale) autour d'une atmosphère opaque assez magnétique. A l'instar du score discret mais si inquiétant de Henry Mancini rappelant en intermittence le côté vénéneux de la situation (atypique) de prise d'otage. 

@ Bruno
3èx

vendredi 8 décembre 2017

MOTHER !

                                               Photo empruntée sur Google, appartenant au site Ecranlarge.com

de Darren Aronofsky. 2017. U.S.A. 2h01. Avec Jennifer Lawrence, Javier Bardem, Ed Harris, Michelle Pfeiffer, Domhnall Gleeson, Brian Gleeson.

Sortie salles France: 13 Septembre 2017 (Int - 12 ans). U.S: 15 Septembre 2017 (Int - 17 ans)

FILMOGRAPHIE: Darren Aronofski est un réalisateur américain né le 12 février 1969 à Brooklyn (New York). Il travaille aussi en tant que scénariste et producteur. 1998 : π, 2000 : Requiem for a dream, 2006 : The Fountain, 2009 : The Wrestler, 2010 : Black Swan. 2014: Noé. 2017: Mother !


On n'est pas obligé de comprendre pour aimer, l'important c'est de rêver. David Lynch.
Abasourdi, sonné, troublé, en perte de repères alors que le générique lénifiant continue de défiler sous mes yeux ! Je sors psychologiquement éreinté de la projo de Mother ! après avoir subi une expérience cinégénique aussi rigoureuse que profondément fascinante. Et ce en dépit de l'ultra violence de certaines scènes horrifiques que l'on croirait extraites d'un enfer de Dante, et de l'effluve de son climat oppressant littéralement vertigineux si bien que je n'avais pas éprouvé un malaise aussi bien viscéral que cérébral depuis le blasphématoire l'Exorciste (c'est peu de le dire et donc à marquer d'une pierre blanche !). Le pitch: un couple, une jeune femme qu'on appellera "mère" (car on ignore son nom) et son compagnon, un écrivain, vivent paisiblement dans une demeure bucolique jusqu'au jour où un étrange inconnu frappe à leur porte. Accueilli avec hospitalité par l'écrivain, la mère se demande quel est le sens de sa si grande générosité. Quand bien même on apprendra un peu plus tard que l'étranger possède dans sa poche une photo de l'écrivain. Le lendemain, c'est l'épouse de l'inconnu qui s'invite à son tour à leur foyer. Peu à peu, la mère éprise de malaise et de crise sombre dans une paranoïa en roue libre au fil de rencontres impromptues aussi bien impudentes qu'hostiles. A la croisée du cinéma de Lynch et surtout de Polanski (on peut clairement citer les références Rosemary's Baby, le Locataire et Répulsion pour ces thèmes imputés à la paranoïa, la timidité, l'isolement, le repli sur soi, la peur de l'étranger - ou plus précisément celle du voisin - et la crainte de l'enfantement parmi l'iconographie d'un fanatisme occulte, voir religieux), Mother ! est une expérience cauchemardesque sans retenue ! (ou si peu).


Mother's Baby.
Darren Aronofski, en pleine possession de ses moyens, nous livrant une réalisation hyper maîtrisée lorsqu'il s'agit de nous immerger dans l'introspection morale d'une mère livrée à la dépression et la paranoïa, faute d'un mari égoïste et condescendant privilégiant son addiction pour la célébrité au mépris de l'amour. Purement métaphorique de la 1ère à la dernière image, et donc multipliant à l'infini les divers niveaux de lecture (certains y voient une interprétation biblique ou écolo contre dame-nature, d'autres politique), Mother ! est avant tout une épreuve émotionnelle à rude épreuve dans son art de distiller une angoisse sensorielle permanente sous l'impulsion d'une bande-son stridente incroyablement limpide ! Le film parvenant littéralement à provoquer un malaise dépressif dans la faculté innée du réalisateur à nous plonger dans l'esprit névrosé de l'héroïne par le biais de plans larges où chaque pore du visage de Jennifer Lawrence transpire l'anxiété, la peur, la colère et le semblant de folie contagieuse ! Fragile, démunie, timorée, car inscrite dans la pudeur et si intègre, Jennifer Lawrence donne du corps et du coeur à son personnage fébrile avec une vérité humaine terriblement éprouvante ! Sa plongée vertigineuse dans l'incompréhension et la folie nous saisissant d'effroi au gré des comportements dérangeants car indociles d'hôtes désinvoltes fanatisés par la luxure, l'effronterie et la célébrité ! Au-delà de sa facture visuelle étourdissante de brio à donner vie à un environnement d'insécurité éthéré ou graphique (photo sepia à l'appui afin de renforcer son climat claustro toujours plus irrespirable) et d'une direction d'acteurs hors pair (Javier Bardem est notamment effrayant d'ambiguïté et d'hypocrisie à daigner protéger sa bien aimée afin d'amorcer son nouveau roman, Michelle Pfeiffer est détestable d'arrogance et de désinvolture !), Darren Aronofski aborde une réflexion sur l'addiction de la célébrité lorsque l'écrivain ne peut que poursuivre son talent en se nourrissant de l'amour des autres. Toujours plus égoïste et capricieux, ce dernier assujetti à sa création artistique s'abreuvant de l'amour et du soutien de son épouse pour retrouver l'inspiration d'un nouveau best-seller.


Un film mutant au climat de folie et de terreur dépravées où les esprits fonctionnent entre démence et provocation. 
Cauchemar sur pellicule proprement hallucinogène (le film fait clairement l'effet d'un bad trip sous acide au point de perdre pied avec notre réalité !), Mother ! ne nous laisse aucun répit pour nous entraîner dans la descente aux enfers "morale" d'une mère avide de grossesse mais discréditée par un mari cannibale où seul compte son égotisme. Eprouvant, traumatisant, sensoriel, ensorcelant, magnétique, révulsif, voir limite expérimental (me souffle mon amie Nelly !) Mother ! laisse en état de choc et d'épuisement par le biais d'une allégorie sur une nature humaine avide d'amour et de reconnaissance mais destituée de son égocentrisme. Film monstre tentaculaire sur l'éternelle procréation afin de préserver le devenir de l'humanité, ce chef-d'oeuvre funèbre extériorise le vampirisme de nos civilisations modernes fanatisées par la religion, le goût de la violence, l'irrespect de l'autre (dont celle de la nature) et l'instinct pervers de la possessivité. Une oeuvre hybride maudite (puisque incomprise et inévitablement conçue pour diviser) qui fera date dans son genre inclassable. 
Pour public averti 

P.S: par pitié, un Oscar pour Jennifer Lawrence !

@ Bruno

jeudi 7 décembre 2017

THELMA. Prix du Jury et du Meilleur Scénario, Catalogne 2017.

                                               Photo empruntée sur Google, appartenant au site pinterest.fr

de Joachim Trier. 2017. Norvège/Suède/Danemark/France. 1h56. Avec Eili Harboe, Kaya Wilkins, Henrik Rafaelsen, Ellen Dorrit Petersen, Grethe Eltervåg

Sortie salles France: 22 Novembre 2017. Norvège: 15 Septembre 2017

FILMOGRAPHIE: Joachim Trier est un réalisateur et scénariste norvégien, né à Copenhague en 1974. 2006: Reprise. 2011: Oslo, 31 août. 2015: Back Home. 2017: Thelma.


Variation auteurisante de Carrie sans pour autant singer le chef-d'oeuvre de Brian De Palma, Thelma fait presque office d'ovni par son climat d'étrangeté ouaté aussi bien baroque qu'onirique (notamment au gré des étreintes vénéneuses que s'échangent sensuellement les deux héroïnes ou encore avec l'iconographie de sa nature végétative superbement contrastée d'une photo limpide !). Exarcerbé du jeu nuancé de l'épurée Eili Harboe (prix d'interprétation oh combien mérité au Festival de Mar del Plata !) portant littéralement le film sur ses épaules ténues, et de la réalisation sans fard de Joachim Trier brossant avec retenue le portrait d'une jeune catholique en proie à l'émancipation, Thelma envoûte avec une intelligence peu commune pour le genre ludique. Car sous ses allures de film fantastique à la fois trouble et inquiétant s'y extrait un drame psychologique vigoureux où le puritanisme religieux pourrait être le catalyseur des pouvoirs télékinésiques de Thelma. Jeune solitaire partie étudier à Oslo en toute autonomie, Thelma fait la rencontre de Anja avec qui elle finit par avoir une relation amoureuse. Influencée par celle-ci et ses amies, elle cède aux plaisirs interdits (alcool, sexe, drogue) depuis l'absence parentale. Mais sans raison apparente, Thelma souffre de violents malaises semblables à la crise épileptique. Elle décide de consulter un spécialiste afin d'élucider son inexplicable pathologie. 


Epousant le parti-pris de conter son histoire avec refus du spectaculaire, et ce en dépit de certaines séquences impressionnantes par sa froideur réaliste (celles du nourrisson provoquant un malaise des plus malsains), Thelma fait preuve de dextérité et d'imagination pour renouveler son thème surnaturel par le biais de la métaphore. Le récit cultivant plusieurs niveaux de lectures, tel celui de l'extériorisation d'une catholique trop longtemps bercée dans un enseignement rigoriste mais aujourd'hui délibérée à accomplir son destin après s'être débarrassée de ses démons que ses parents lui auront inculqué depuis sa trouble enfance. Emaillé d'indices que Joachim Trier dévoile au compte-goutte au fil de flash-backs toujours plus obscurs, Thelma provoque une impression d'étrangeté indicible par son atmosphère éthérée, notamment grâce au magnétisme d'Eili Harboe endossant son personnage torturé avec profond humanisme car d'une fragile sensibilité. De par son caractère introverti hanté par la peur de commettre l'interdit, celle-ci semble vouée à l'autosuggestion dans sa psychologie aussi torturée que complexe (notamment sa jalousie - parfois inconsciente - éprouvée auprès de son frère durant son enfance dépressive). La caméra observant ses agissements et caressant son visage avec une pudeur réservée afin de mettre en exergue son désarroi moral, son malaise identitaire de se réduire à une victime potentiellement irrécupérable.


Récit fantastique inquiétant semé d'interrogations quant à la nature réelle des évènements parfois décrits avec un onirisme baroque, drame cérébral d'une intensité assez rigoureuse quant au portrait démuni d'une étudiante chrysalide en voie de rémission, Thelma laisse une marque tangible dans l'encéphale grâce à l'ambition de sa réalisation autonome et à l'interprétation toute en finesse d'Eili Harboe crevant l'écran avec une trouble sobriété (il faut la voir pleurer face caméra dans sa nature prude, érudite et docile en éludant toute forme de sensiblerie). Pour les amateurs de Fantastique adulte et éthéré, l'oeuvre gracile du norvégien Joachim Trier ne doit pas être occultée ! 

@ Bruno

Récompenses: Festival international du film de Catalogne 2017 : Prix spécial du jury et Prix du meilleur scénario.
Festival international du film de Mar del Plata 2017 : Astor de la meilleure actrice pour Eili Harboe

mercredi 6 décembre 2017

DETROIT

                                            Photo empruntée sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Kathryn Bigelow. 2017. U.S.A. 2h23. Avec John Boyega, Will Poulter, Algee Smith, Jacob Latimore, Jason Mitchell, Hannah Murray, Kaitlyn Dever, Jack Reynor.

Sortie salles France: 11 Octobre 2017 (Int - 12 ans). U.S: 4 Août 2017

FILMOGRAPHIE: Kathryn Bigelow est une réalisatrice et scénariste américaine, née le 27 Novembre 1951 à San Carlos, Californie (Etats-Unis). 1982: The Loveless (co-réalisé avec Monty Montgomery). 1987: Aux Frontières de l'Aube. 1990: Blue Steel. 1991: Point Break. 1995: Strange Days. 2000: Le Poids de l'eau. 2002: K19. 2009: Démineurs. 2012: Zero Dark Thirty. 2017: Detroit.


Une histoire américaine. 
Brûlot anti-raciste d'un réalisme documenté constamment impressionnant (caméra à l'épaule et images d'archives récurrentes à l'appui en nous télescopant fiction et réalité), Detroit est une épreuve cinématographique d'une intensité parfois insupportable. Tout du moins c'est ce que nous révélera son éprouvant (car interminable) second acte lors de stratégies de manipulation et de soumission que la police d'état va employer avec une dictature fascisante (aussi improbable soit son contexte ubuesque si bien que le véritable coupable recherché n'est qu'un usurpateur inconséquent !). Véritable descente aux enfers auprès d'une communauté noire discréditée par leur couleur de peau, Kathryn Bigelow nous immerge de plein fouet au sein d'un huis-clos "horrifique" (le terme n'est pas racoleur croyez moi !) entièrement bâti sur l'aspect éhonté du "fait-divers". Durant les émeutes de Juillet 67 consistant à protester contre la discrimination d'une police réactionnaire, une poignée d'afros-américains est prise en otage au sein d'un motel depuis l'éventuelle complicité d'un tireur parmi eux. Clamant désespérément leur innocence parmi le témoignage aussi démuni de deux blanches ayant préalablement sympathisé avec eux, trois policiers vont finalement céder à leurs pulsions meurtrières lors d'un interrogatoire psychorigide.  


Film choc s'il en est, de par son contexte de crise sociale au sein d'une Amérique aussi bien intolérante qu'inéquitable auprès des migrants noirs (sa première partie retraçant avec souci historique les premières émeutes de Juillet 67 avec son lot de violences policières imposées à la matraque et à l'arme à feu) et l'évolution dramatique qui s'ensuit lors d'une nuit urbaine explosive (l'état d'urgence fut décrétée et l'armée en masse sillonne chaque quartier depuis les vols, effractions et incendies dans les commerces), Kathryn Bigelow n'y va pas avec le dos de la cuillère pour fustiger les méthodes putassières de certains policiers se vautrant dans l'intimidation et la tyrannie criminelles. S'efforçant studieusement de décrire le chemin de croix physique et morale d'otages juvéniles assujettis à leurs abus de pouvoir, Detroit dresse le portrait dérisoire (pour ne pas dire scandaleux) d'une Amérique couarde et orgueilleuse incapable de reconnaître ses torts car préférant se voiler la face d'une vérité innommable. C'est ce que le troisième acte imputé au procès judiciaire nous dévoilera avec une amertume difficilement digérable notamment lorsque l'on apprend la destinée des survivants  littéralement traumatisés par leur épreuve de force préalablement réduite à l'état d'esclave.


L'Amérique Interdite
De par son thème dérangeant du racisme que l'Amérique actuelle ne parvient toujours pas à panser ni à solutionner dans ses conflits ethniques où certains policiers perdurent leur abus d'autorité, Detroit récapitule avec une glaçante vérité un fait historique aberrant risquant assurément de créer aujourd'hui la polémique au sein de son état toujours incriminé par sa ségrégation. S'il n'est à mon sens pas le chef-d'oeuvre annoncé, Detroit n'en demeure pas moins un grand film. Un témoignage alerte et essentiel, un électrochoc émotionnel d'une intensité si épineuse qu'on ne sort pas indemne du jeu de massacre sitôt le sort des survivants répertoriés. On reste également impressionné par sa fulgurante réalisation et distribution (aussi sobre soit-elle !), à l'instar du jeu criant de vérité de Will Poulter en flicard placide au relent de sociopathie.  

@ Bruno

mardi 5 décembre 2017

DUNKERQUE.

                                           Photo empruntée sur Google, appartenant au site breageeknews.fr

de Christopher Nolan. 2017. U.S.A/Angleterre/France/Hollande. 1h47. Avec Fionn Whitehead, Tom Glynn-Carney, Jack Lowden, Harry Styles, Aneurin Barnard, James D'Arcy, Barry Keoghan, Kenneth Branagh, Cillian Murphy, Mark Rylance, Tom Hardy.

Sortie salles France: 19 Juillet 2017. U.S: 21 Juillet 2017

FILMOGRAPHIE: Christopher Nolan est un réalisateur, scénariste et producteur anglais, né le 30 Juillet 1970 à Londres en Angleterre. 1998: Following. 2000: Memento. 2002: Insomnia. 2005: Batman Begins. 2006: Le Prestige. 2008:The Dark Knight. 2010: Inception. 2012: The Dark Knight Rises. 2014: Interstellar.


Un modèle de mise en scène (expérimentale), une bande-son sensorielle, des images sublimes (en sus d'une photo chromée) et quelques séquences grandioses au service d'une narration sporadique déconcertante qui peine à captiver pour me laisser un goût amer d'inachevé et de frustration.

@ Bruno

lundi 4 décembre 2017

LES ENVAHISSEURS DE LA PLANETE ROUGE

                                             Photo empruntée sur Google, appartenant au site en.wikipedia.or

"Invaders from Mars" de William Cameron Menzies. 1953. U.S.A. 1h22. Avec Helena Carter, Pat
Arthur Franz, Jimmy Hunt, Leif Erickson, Hillary Brooke, Morris Ankrum.

Sortie salles France: 22 Avril 1953

FILMOGRAPHIEWilliam Cameron Menzies est un décorateur, réalisateur, producteur et scénariste de cinéma américain, né le 29 juillet 1896 à New Haven, mort le 5 mars 1957, à Los Angeles. 1931 : Always Goodbye. 1931 : The Spider. 1932: Almost Married. 1932 : Chandu le magicien. 1933 : I Loved You Wednesday. 1934 : Wharf Angel. 1936 : Les Mondes futurs ou La Vie future. 1937 : Nothing Sacred, réalisateur seconde équipe (non crédité), réalisation William A. Wellman. 1937 : The Green Cockatoo. 1944 : Address Unknown. 1946 : Duel au soleil, non crédité, réalisation King Vidor. 1951 : Le Rocher du diable. 1951 : The Whip Hand. 1953 : Les Envahisseurs de la planète rouge. 1953 : The Maze.


Inédit en salles en France (et on le comprends après visionnage), Invaders from Mars demeure une curiosité tout juste regardable même s'il s'avère le précurseur du chef-d'oeuvre de Don Siegel, l'Invasion des Profanateurs de Sépulture. De par sa réalisation académique, une direction d'acteurs timorée et un cheminement narratif prévisible, l'intensité des enjeux tombe souvent à plat si bien que le réalisateur privilégie lors de sa dernière partie une action redondante (la traque belliqueuse sous le sablier) afin de pallier son manque de surprises. On se console alors auprès des apparitions hilarantes (et donc très Z) des Extra-terrestres affublés d'un pijama vert et sur le soin apporté aux décors (naturels et caverneux) parfois teintés d'un onirisme envoûtant. Quant à l'épilogue (involontairement) pittoresque il rappellera aux fans du genre le génialement déjanté, l'Avion de l'Apocalypse !

@ Bruno

vendredi 1 décembre 2017

LA GUERRE DES MONDES. Oscar 1954 des meilleurs effets spéciaux, Gordon Jennings

                                             Photo empruntée sur Google, appartenant au site scifi-movies.com

"The War of the Worlds" de Byron Haskin. 1953. 1h25. Avec Gene Barry, Ann Robinson, Les Tremayne, Robert O. Cornthwaite, Sandro Giglio, Ann Codee, Lewis Martin.

Sortie salles France: 5 Mars 1954. U.S: 26 Août 1953

FILMOGRAPHIEByron Haskin est un réalisateur, directeur de la photographie et scénariste  américain, né le 22 avril 1899 à Portland, Oregon et mort le 16 avril 1984 à Montecito, États-Unis. 1927 : Ginsberg the Great. 1927 : Matinee Ladies. 1927 : Irish Hearts. 1927 : The Siren. 1943: Convoi vers la Russie. 1948 : L'Homme aux abois. 1948 : Man-Eater of Kumaon. 1949 : Too Late for Tears. 1950 : L'Île au trésor. 1951 : Tarzan's Peril. 1951 : Le Sentier de l'enfer. 1951 : La Ville d'argent. 1952 : Denver and Rio Grande. 1953 : La Guerre des mondes. 1954 : Le Roi des îles. 1954 : Quand la marabunta gronde. 1954 : Long John Silver. 1955 : La Conquête de l'espace. 1956 : The First Texan. 1956 : The Boss. 1958 : De la Terre à la Lune. 1959 : Little Savage. 1959 : Bagarre au-dessus de l'Atlantique. 1960 : September Storm. 1961 : Armored Command. 1963 : Capitaine Sinbad. 1964 : Robinson Crusoé sur Mars. 1968 : La Guerre des cerveaux.


Précurseur du film d'invasion extra-terrestre d'un point de vue belliqueux, La Guerre des Mondes fait aujourd'hui office de relique. Une curiosité datée faute d'un scénario sans surprise à l'enjeu dramatique dénué d'intensité et d'une caractérisation psychologique aseptique. Le réalisateur privilégiant le plus souvent la surenchère au grand dam d'une structure narrative poussive. On se console toutefois sur un ou deux moments spectaculaires à l'accent sardonique, sur la bonne volonté de certains comédiens charismatiques (notamment le héros principal), sur des FX perfectibles mais néanmoins soignés, sur la patine flamboyante de sa photo "technicolor" et sur l'apparition surprise d'une créature extra-terrestre auquel Spielberg s'est sans doute inspirée en 82 pour son chef-d'oeuvre E.T.


A réserver en priorité aux nostalgiques avec une grosse dose d'indulgence selon moi même si cette série B reste un modeste classique dans son genre novateur. 

@ Bruno

jeudi 30 novembre 2017

LE CHATEAU DE VERRE

                                                 Photo empruntée sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"The Glass Castle" de Destin Daniel Cretton. 2017. U.S.A. 2h07. Avec Brie Larson, Ella Anderson, Chandler Head, Woody Harrelson, Naomi Watts, Max Greenfield, Sarah Snook

Sortie salles France: 27 Septembre 2017. U.S: 11 Août 2017

FILMOGRAPHIEDestin Daniel Cretton est un réalisateur, producteur, monteur et scénariste américain né le 23 novembre 1978 à Haiku à Hawaï. 2002 : Longbranch: A Suburban Parable
2006 : Bartholomew's Song. 2006 : Drakmar: A Vassal's Journey. 2007 : Deacon's Mondays. 2008 : Short Term 12. 2012 : I Am Not a Hipster. 2013 : States of Grace. 2016 : Scenes for Minors. 2017 : Le Château de verre.


Abordant les thèmes de l'alcoolisme, de la marginalité, de l'éducation puis de la démission parentale autour d'une famille dysfonctionnelle (co-existant en autarcie sauvage), Le Château de Verre pâti d'un manque évident de sincérité et de naturel, comme le soulignent les interprétations cabotines de Naomi Watts (en épouse paumée) et Woody Harrelson (en ivrogne marginal) s'efforçant de nous tirer les larmes avec un pathos trop démonstratif pour être honnête. Car si le récit (inspiré d'une histoire vraie) reste fort et digne d'intérêt (notamment auprès de la reconstruction morale des enfants livrés à eux mêmes et de l'amour épineux que se dispute la fille aînée avec son père), les poncifs pullulent autour des situations conjugales et familiales en crise. Reste l'irrégularité d'une poignée de séquences touchantes inopinément intenses, les prestances très convaincantes (car beaucoup plus sobres et réservées dans leur posture victimisée) de Brie Larson, Ella Anderson et Chandler Head endossant communément le rôle de Jeannette Walls (de l'enfance à l'âge adulte) et une dernière image bouleversante, moment de dignité d'une pudeur à fleur de peau (et pour le coup je me suis laissé emporté par un rideau de larmes).


Un mélo à l'émotion (souvent) programmée donc en manque de souffle et d'oxygène si bien que cette production typiquement hollywoodienne se contente trop facilement d'émouvoir un grand public couramment influençable.

@ Bruno

mercredi 29 novembre 2017

RAYON LASER

                                                     Photo empruntée sur Google, appartenant au site 

"Laserblast" de Michael Rae. 1978. U.S.A. 1h22. Avec Kim Milford, Cheryl Smith, Gianni Russo, Ron Masak

Sortie salles France: 27 Juin 1979. U.S: 1 Mars 1978

FILMOGRAPHIE: Michael Rae est un réalisateur et producteur américain.
1978: Rayon Laser.


"Car rien ne résiste à la puissance terrifiante du RAYON LASER ! 
Engin diabolique qui peut tout détruire et le rend invincible, il peut enfin se venger de tout ceux qui l'ont humilié et fait souffrir..."

Hit video des années 80 durant l'âge d'or d'Hollywood Video quand bien même sa sortie salles US se solde par un joli succès inespéré, Rayon Laser est une aberration filmique comme on en trouve rarement dans le paysage chimérique. Dans le désert californien, après avoir éliminé un fugitif humanoïde armé d'un rayon laser,  deux aliens à tête de lézard retournent dans l'espace. Mais ayant omis l'objet redoutable, ils décident de faire demi-tour pour le récupérer. Pendant ce temps, le jeune Billy parti flâner dans le désert tombe par inadvertance sur le canon à laser et se l'encastre au bras. Depuis, il sombre peu à peu dans une emprise démoniaque au point de réduire sa ville à feu et à cendres. Série Z ricaine produite par le spécialiste Charles BandRayon Laser est l'unique oeuvre du réalisateur Michael Rae. Et au vu du résultat aussi saugrenu qu'impayable, on conçoit évidemment que ce dernier préféra ensuite raccrocher les gants ! L'intrigue ubuesque, quasi nonsensique, se limitant le plus souvent aux errances meurtrières d'un ado possédé par son arme singulière: un canon à laser, quand bien même deux adjoints policiers et un agent (sans doute du gouvernement !) tentent indépendamment d'appréhender le pyromane ! Pour autant, et par le biais de situations involontairement cocasses, hilarantes ou débridées (à l'instar des apparitions surprises des aliens reptiliens habilement confectionnés en stop motion !), Rayon Laser s'avère à mon jugement de valeur aussi ludique que diablement fascinant.


Du moins chez les fans indécrottables de nanars de la sacro-sainte VHS réalisés avec une touchante sincérité. Car si la réalisation approximative accumule immodérément les bévues et que sa direction d'acteurs laisse à désirer, il émane de ce métrage sans prétention un charme irrésistible sous couvert d'une anticipation horrifique prémonitoire (1 an plus tard déboulera sur les écrans la matrice Alien de Scott !). Qui plus est, de par le cabotinage excentrique des comédiens ballots,  ces derniers s'avèrent inopinément attachants dans leur aimable tentative de provoquer émoi, stupeur, terreur ou appréhension avec une bonhomie ringarde (notamment le duo de flics inconséquents que l'on croirait sorti d'une comédie de Bud Spencer et Terence Hill). Quant au fameux héros belliqueux frappé par la malédiction de son arme de destruction, Kim Milford (sosie officieux de Mark Hamill !) accourt, grimace et gesticule tous azimuts afin de renchérir sa posture erratique souvent jouasse. Le soin apporté à sa défroque vestimentaire (jean à pattes d'eph, chemise bleue rutilante !) et au canon laser (semblable à un cigare électronique !?) faisant office d'archétype inusité. Pour clore avec une pointe de nostalgie, on peut notamment louer le ton atmosphérique de son score électro communément composé par Richard Band et Joel Goldsmith (il s'agit bien du fils de Jerry !) et la facture vintage de sa photo saturée renforçant le caractère BD de cet improbable ovni riche en situations déjantées ! Et ce en dépit d'un cheminement redondant heureusement contrebalancé des calembours du duo policier, de l'investigation (suspicieuse) de l'agent et des étreintes romantiques de Billy et sa muse en camping sauvage, et ce avant la pyrotechnie du dénouement explosif.


Perle culte au sein de l'industrie de la série Z, Rayon Laser renchérit aujourd'hui son charme rétro et sa fonction ludique grâce à la nostalgie de son époque révolue. Un p'tit métrage bougrement mauvais mais beaucoup plus fun, intègre et attachant que le dernier DTV mercantile destitué d'identité, d'ambition et de grain de folie.

@ Bruno

mardi 28 novembre 2017

BRAWL IN CELL BLOCK 99

                                        Photo empruntée sur Google, appartenant au site amctheatres.com

de S. Craig Zahler. 2017. U.S.A. 2h12. Avec Vince Vaughn, Jennifer Carpenter, Don Johnson, Udo Kier, Marc Blucas, Tom Guiry

Sortie salles France: prochainement. U.S: 6 Octobre 2017

FILMOGRAPHIE: S. Craig Zahler est un réalisateur et scénariste américain né le 23 Janvier 1973 à Miami, Floride. 2015: Bone Tomahawk. 2017: Brawl in cell Block 99. 


Le pitch: A la suite d'un licenciement professionnel, Bradley, ancien malfrat, renoue avec l'illégalité afin de subsister aux besoins de sa famille. Mais lors d'une opération nocturne, un concours de circonstances meurtrières va le mener derrière les barreaux du Block 99.

2 ans après l'excellente surprise Bone Tomahawk, western horrifique justement récompensé du Grand Prix à Gérardmer, S. Craig Zahler rend cette fois-ci hommage au film de prison par la lucarne du cinéma d'exploitation des années 70, et ce tout en y imprimant sa propre personnalité. Méga trip émotionnel conçu sur un réseau de châtiments inhumains qu'un prisonnier (réduit à l'état) primitif va endurer avant de parfaire son stratagème punitif, Brawl in cell Block 99 renouvelle les codes du drame carcéral sous l'impulsion d'une ultra violence à la fois décomplexée et caustique exprimée par un jeu d'acteurs aussi sobres qu'outranciers. Outre l'aspect fun des seconds-rôles extravagants qu'on croirait issus d'un Nazisploitation (je songe à la défroque ébène des gardiens fascistes adeptes d'une torture survoltée), Vince Vaughn monopolise l'écran de sa carrure râblée et son regard impassible non dépourvu de noblesse lorsqu'il s'agit d'honorer ses codes de conduite bâtis sur la confiance, l'indulgence et le respect d'autrui. D'une rage contenue et donc d'un flegme impressionnant, l'acteur laisse ensuite exprimer un tsunami de violences d'une intensité jouissive lorsqu'il se voit contraint d'y céder faute d'un enjeu familial précaire. Et pour revenir à son ultra violence gore toujours plus "second degré", le réalisateur opte pour un graphisme artisanal volontairement perfectible (exit donc tout effet numérique !), et ce afin aussi de désamorcer la brutalité d'une violence aussi bien insoutenable qu'ubuesque. On se rapproche donc au fil de l'action vers un cartoon live avec cependant une touche de réalisme inopinément acérée ! 


Pour autant, au préalable, nous étions déjà captivés par sa structure narrative finement détaillée avec un réalisme documenté. S. Craig Zahler prenant son temps en premier temps à planter l'intrigue et sa scénographie urbaine dans une banalité quotidienne pour y brosser le profil galvaudé d'un licencié infortuné renouant avec son passé illégal mais nanti de principes et valeurs afin d'amadouer le spectateur. Tant auprès de sa clémence pour une question d'adultère que de son refus d'y sacrifier l'innocence lors d'une mission de routine. Maîtrisant scrupuleusement les faits et gestes de Bradley au sein du cocon conjugal et lors de ses transactions avec un ponte de la drogue (comptez 45 minutes avant qu'il ne pénètre dans l'enceinte du pénitencier), S. Craig Zahler parvient à magnétiser l'espace grâce au jeu rigide de Vince Vaughn très impliqué dans son rôle de trafiquant loyal et d'une foule de seconds-rôles contrairement extravagants par leur charisme patibulaire (notamment la présence saillante de Don Johnson quasi méconnaissable en directeur psycho-rigide et de l'ange diabolique Udo Kier en septuagénaire pédant). Volontairement improbable quant au lieu de l'action (et revirements) se déroulant enfin dans une prison à sécurité maximale à faire pâlir de jalousie les geôliers de Midnight Express, Brawl in cell block 99 carbure ensuite à l'adrénaline à renfort d'action démesurée et effrontée (Bradley est littéralement increvable en n'accordant nul pitié à ses ennemis !). Et ce pour le plus grand bonheur du spectateur impliqué dans un cauchemar carcéral aux effluves rubigineuses, son décorum insalubre nous diluant parfois la nausée par son acuité de réalisme.


Grindhouse
Pur divertissement d'exploitation conjuguant avec intense efficacité drame carcéral, romance et action hyperbolique, Brawl in cell Block 99 laisse libre court au défouloir d'une vendetta aussi bien sordide que jubilatoire (tous les coups sont permis jusqu'à en perdre la tête !!!) tout en rendant un vibrant hommage à une époque révolue (ses tubes de Soul music rappelleront bien des souvenirs aux spectateurs friands de Blaxploitation et consorts). Une bombe d'ultra violence vrillée notamment  influencée par la touche sardonique d'un Tarantino.

@ Bruno