lundi 7 mars 2016

FRANKENSTEIN

                                                             Photo empruntée sur Google, appartenant au site senscritique.com  

de Bernard Rose. 2015. U.S.A. 1h33. Avec Carrie-Anne Moss, Xavier Samuel, Danny Huston, Tony Todd, Mckenna Grace, James Lew, Carol Anne Watts, Maya Erskine.

FILMOGRAPHIE: Bernard Rose est un réalisateur, scénariste, acteur, directeur de photo et monteur britannique, né le 4 Août 1960 à Londres.
1986: Smart Money. 1987: Body Contact. 1988: Paperhouse. 1990: Chicago Joe and the Showgirl. 1992: Candyman. 1994: Ludwig van B. 1997: Anna Karénine. 2000: Ivans xtc. 2005: Snuff Movie. 2008: The Kreutzer Sonata. 2010: Mr Nice. 2011: Two Jacks. 2015: Frankenstein.


Réactualisation moderne du roman de Mary Shelley, Frankenstein est également l'occasion pour Bernard Rose de renouer avec le cinéma Fantastique. Genre qui le révéla avec le magnifique poème infantile Paperhouse, puis un plus tard avec une perle toute aussi marquante, le conte social Candyman. Reprenant à peu de choses près le même cheminement narratif du chef-d'oeuvre de James Whale par le biais de clins d'oeil judicieusement insérés, Frankenstein relate à nouveau les vicissitudes d'une créature candide délaissée par son créateur et donc livrée à elle même dans un univers dont elle ignore toute déontologie. En plaçant le cadre de l'action dans une banlieue urbaine contemporaine et avec le parti-pris d'adopter une démarche réaliste, Bernard Rose alterne critique sociale et conte existentielle avec une sensibilité à fleur de peau. De par la posture candide du monstre démuni contraint de subir la violence d'une autorité arbitraire depuis sa situation marginale et son illettrisme. Dès le prologue, Bernard Rose nous immerge de manière expérimentale en privilégiant la caméra subjective afin d'ausculter la souffrance physique et morale de la créature livrée aux expérimentations médicales. Par l'entremise de ses séquences éprouvantes, comment ne pas prêter allusion à la vivisection lorsque la créature apeurée et terrorisée subit contre son gré une multitude de châtiments corporels afin de contenter la recherche thérapeutique du créateur.


Comparable à un nouveau-né (réflexes infantiles à l'appui !), le monstre adopte une posture innocente véritablement poignante, tant par son émoi à observer la réalité du quotidien dans un cadre cliniquement scientifique que par son instinct affectif à chercher réconfort auprès de la personne maternelle, la savante Elisabeth Frankenstein. Mais rapidement livré à l'abandon par ses parents depuis l'interrogation inexpliquée d'une maladie de l'épiderme et sur le point d'être sacrifié, le monstre finit par s'échapper pour sillonner un monde hostile où la loi du plus fort et l'insociabilité départagent les classes sociales. Peinture pessimiste sur la civilisation déclinante de nos sociétés modernes où l'exclusion fait parti du paysage urbain, Frankenstein porte un regard si cruel sur notre intolérance, notre égoïsme et notre indifférence à capter les ressorts émotifs de l'autre. Vivant reclus comme un SDF avec l'appui d'un aveugle, le monstre tente de décrypter les us et coutumes sociales de notre civilisation par le biais d'une violence rétrograde. Que ce soit les forces de l'ordre aveuglées par leur ligne de conduite professionnelle, la foule réactionnaire avide d'auto-justice ou ses parents démissionnaires de leur poste pédagogue. Par son cheminement de survie où les sévices les plus cruels lui seront infligés avec une violence sans limite, le monstre nous provoque désarroi et pitié avec une affliction bouleversante. Grâce au jeu pantomime de Xavier Samuel, l'acteur parvient à se tailler une carrure fragile avec une dimension humaine souvent éprouvante. Son parcours social ressemblant parfois au chemin de croix que Jésus a parcouru péniblement jusqu'à la rédemption de la mort. Emaillé de séquences poétiques à travers le songe et renforcé d'un monologue subjectif souvent poignant quant à l'initiation existentielle de la créature en réflexion identitaire, Frankenstein nous saisit d'émotion par son réalisme jusqu'au-boutiste.


D'une acuité émotionnelle aussi rigoureuse que bouleversante, tant par la cruauté physique que psychologique infligées sur l'innocence du monstre, Frankenstein renouvelle le roman de Mary Shelley avec une rare intelligence parmi l'ambition scrupuleuse du cinéaste humaniste amoureux de son souffre-douleur. Par sa dimension philosophique, sa réflexion sociale sur l'inégalité et la nature primitive de l'homme et le jeu sans fard de Xavier Samuel, ce portrait désenchanté d'une innocence déchue nous laisse en état de collapse. A mon sens, il s'agit peut-être même de la plus belle version de son roman éponyme. 

Je suis Adam.


La chronique de Jean Marc Micciche.
Cycle fantastique avec pour commencer l'énorme Frankenstein de Bernard Rose. Quoique réalisé par un réalisateur autrefois coté (paperhouse, candyman) et quelques raretés (Anna Karénine, Ludwig Beethoven, Chicago Joe et Showgirl), on peut vraiment se demander ce qu'un énième adaptation de Frankenstein pouvaient apporter de neuf....c'est dire la découverte du film a été un énorme choc tant cette version 'moderne' comptemporaine' s'impose sans doute comme la meilleur adaptation du mythe depuis les films de James Whale. En gros on n'oublie tout ce qui a été fait, on change d'axe (tout est vue par la créature), on reformule les figures imposés (l'émeute des villageois, la machine à faire vivre, l'aveugle, la petit fille) et on impose quelque chose de totalement inédit. Bref on repart à zéro. Et du coup, le sentiment d'immersion est totale des les premières minutes (on songe à la naissance de Robocop) pour plonger dans un cauchemar clinique à l'absence du budget devient non seulement sa force mais aussi une véritable profession de fois qui ravira sans aucun doute tous les fanas du cinéma gore des années 70 et 80, à une époque où justement le gore pouvait horrible, viscérale, triste, poétique. Un peu comme si Cronenberg (période Rage avait voulu adapter le roman de Shelley). On pense au Jodorowki de Santa Sangre, on pense au culte Sonny Boy, on pense à cette esthétique du caniveau cher aux Basket case, aux films de SF The brother from another planet. Bref, tout ce peut paraître chip et fauché sur la forme est au contraire transcendé par une vision tragique et pathétique du personnage de la Créature, du Monstre et donne vraiment pour la première fois la possibilité de scrupter son âmes damnés et à comprendre sa tristesse et sa haine de sa condition....La scène de la bastonnade, celle de la prostitué et de l'aveugle, la scène de l'euthanasie, la scène du chien, vont longtemps vous marquer de sa gifle. Voilà c'est fabuleux, ça aurait du avoir avoir un prix à Gérardmer...

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire