jeudi 17 décembre 2015

CRIMSON PEAK

                                                                            Photo empruntée sur Google, appartenant au site cinehorizons.net

de Guillermo Del Toro. 2015. U.S.A. 1h59. Avec Mia Wasikowska, Jessica Chastain, Tom Hiddleston, Charlie Hunnam, Jim Beaver, Leslie Hope, Bruce Gray, Burn Gorman, Jonathan Hyde.

Sortie salles France: 14 octobre 2015. États-Unis: 16 octobre 2015.

FILMOGRAPHIE: Guillermo Del Toro est un réalisateur, scénariste, romancier et producteur américain, né le 9 Octobre 1964 à Guadalajara (Jalisco, Mexique).
1993: Cronos. 1997: Mimic. 2001: l'Echine du Diable. 2002: Blade 2. 2004: Hellboy. 2006: Le Labyrinthe de Pan. 2008: Hellboy 2. 2013: Pacific Rim. 2015: Crimson Peak.


Après l'Echine du Diable et Le Labyrinthe de Pan, Guillermo Del Toro renoue avec la ghost story dans Crimson Peak. Un conte gothique aux multiples influences (pour ne citer que les artisans notoires Roger Corman et Mario Bava) où son esthétisme fulgurant nous permet de nous immerger avec vigueur et passion au sein d'un suspense criminel remarquablement charpenté. Car si l'intrigue parfois prévisible pâtit d'un manque d'originalité dans la facilité de certains clichés et des thèmes illustrés, Guillermo Del Toro possède un indéniable savoir-faire à distiller le suspense autour d'une implacable machination familiale. 1887, Buffalo, état de New-York. Edith Cushing, jeune romancière novice, tombe sous le charme de Sir Thomas Sharpe au moment où ce dernier débarque à l'improviste chez son père afin de lui suggérer un prêt. Suspicieux à l'égard de cet inconnu, Carter Cushing finit par apprendre que cet individu s'avère un imposteur parmi la complicité de sa soeur. Quelques jours plus tard, alors que ce couple est évincé pour rentrer en Angleterre, le père d'Edith est retrouvé mystérieusement assassiné le crane fracassé. Sa fille décide alors en désespoir de cause de rejoindre Thomas Sharpe et sa soeur dans le manoir d'Allerdale Hall. Ayant la faculté de communiquer avec les morts depuis son enfance, elle est témoin d'apparitions spectrales dans cette nouvelle demeure... 


Baroque, flamboyant, envoûtant, poétique, voir féerique, Crimson Peak est un bonheur visuel de chaque instant pour sa scénographie impartie à un manoir sclérosé au lourd passé. Le contraste conféré à sa photographie rutilante permettant de transfigurer une architecture gothique d'un raffinement pictural ! Osant aborder le thème scabreux de l'inceste avec une certaine pudeur, Guillermo Del Toro réinvente l'épouvante séculaire et la romance lyrique sous l'égide de fantômes torturés. D'une beauté macabre inédite, ces derniers provoquant une fascination morbide dans leur morphologie écarlate peut-être inspirée du Masque de la mort rouge de Corman. Provoquant également l'inquiétude et l'angoisse dès leurs premières apparitions lorsqu'ils tentent d'entrer en contact avec notre héroïne esseulée, ces derniers s'avèrent finalement sous-exploités au profit de la relation amoureuse du trio équivoque. Del Toro préférant se focaliser sur les motivations confidentielles de nos antagonistes à daigner remettre sur pied un manoir décrépit, au moment même où l'inquiétude progressive de notre héroïne est sur le point d'achever une horrible révélation depuis sa quête investigatrice. A travers cette énigme tortueuse en contact avec l'au-delà, le cheminement narratif s'avère remarquablement ciselé pour l'efficacité de la réalisation, quand bien même des indices éloquents nous seront dévoilés au compte-goutte. Outre l'enjeu vigoureux de connaître les tenants et aboutissants de cette diabolique machination, Crimson Peak est notamment rehaussé du talent distingué des comédiens formant communément un triangle amoureux des plus insidieux. D'une cruauté psychologique davantage abrupte (l'héroïne ne cesse d'être molestée et humiliée par Lucille) et parfois d'une extrême violence dans la rigueur des meurtres (celui intenté sur Carter Cushing s'avère d'une rare sauvagerie !), Crimson Peak nous entraîne sans répit dans un cauchemar macabre où la tension ne cessera de progresser au fil de l'évolution dramatique de notre trio en perdition.


Le château des amants maudits
D'une splendeur gothique capiteuse bâtie autour d'un poème romantique véreux, Crimson Peak se savoure et se contemple comme un superbe livret d'images où le vertige de l'amour et de la mort sont étroitement liés à la cupidité, le pouvoir, la jalousie et la possessivité. En dépit de la timidité de son impact terrifiant, le spectacle flamboyant est scandé par la simplicité d'une histoire forte sous le tempérament ombrageux d'aristocrates superbement dessinés. 

Bruno Matéï


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