jeudi 9 août 2012

FRISSONS / Shivers / Parasite Murders (They Came from Within)

                                                                 Photo empruntée sur Google, appartenant au site films.cultes.free.fr

de David Cronenberg. 1975. Canada. 1h28. Avec Paul Hampton, Joe Silver, Lynn Lowry, Allan Kolman, Susan Petrie, Barbara Steele, Ronald Mlodzik, Barry Baldaro, Camil Ducharme, Hanka Posnanska, Wally Martin.

Sortie salles France: 4 Août 1976. U.S: 6 Juillet 1976. Canada: 10 Octobre 1975

FILMOGRAPHIE: David Cronenberg est un réalisateur canadien, né le 15 mars 1943 à Toronto (Canada). 1969 : Stereo, 1970 : Crimes of the Future, 1975 : Frissons, 1977 : Rage,1979 : Fast Company, 1979 : Chromosome 3, 1981 : Scanners, 1982 : Videodrome, 1983 : Dead Zone, 1986 : La Mouche, 1988 : Faux-semblants,1991 : Le Festin nu, 1993 : M. Butterfly, 1996 : Crash, 1999 : eXistenZ, 2002 : Spider, 2005 : A History of Violence, 2007 : Les Promesses de l'ombre, 2011 : A Dangerous Method. 2012: Cosmopolis.


La maladie, c'est l'amour partagé de deux corps étrangers 
David Cronenberg

L'homme est un animal qui pense trop. Un animal qui a perdu le contact avec son corps et ses instincts. L'être humain est au fond un animal qui s'englue dans ses pensées, une créature vraiment trop rationnelle perdue dans son intellect au détriment de son corps et de son instinct. L'homme est trop cérébral et pas assez viscéral. Pour y remédier, créons un parasite. C'est à dire un combiné entre un dérivé d'aphrodisiaque et une maladie vénérienne qui pourrait transformer le monde en une magnifique et démentielle orgie. Une belle et insouciante orgie !
Extraits de Frissons


Premier succès commercial de David Cronenberg et premier long-métrage professionnel pour sa troisième réalisation, Frissons demeure une expérience jusqu'au-boutiste, un cauchemar lubrique s'insinuant dans notre corps et notre intellect de manière tout à fait viscérale ! Au coeur d'un immeuble, leurs propriétaires sont tour à tour contaminés par un étrange parasite ayant la faculté de les rendre nymphomanes. Un médecin assiste impuissant à l'épidémie endémique. Attention, film choc à ne pas mettre devant tous les yeux ! Pour ceux n'ayant eu l'aubaine de découvrir l'un des premiers essais du maître, Frissons constitue un électro-choc "orgasmique" dont il est impossible de sortir indemne. A partir d'un canevas incongru (un professeur créé un parasite en combinant un dérivé d'aphrodisiaque et une maladie vénérienne afin de transfigurer le monde en une magnifique orgie !), Frissons nous achemine à une descente aux enfers proche du marasme.


Son huis-clos confiné en interne des logements d'un immeuble provoquant rapidement chez le spectateur un sentiment de claustration par son atmosphère aussi irrespirable que terriblement licencieuse ! Avec des moyens réduits et des comédiens non professionnels (en dépit de la présence annexe de Barbara Steele), le néophyte David Cronenberg s'efforce de nous ébranler avec provocation en compilant une succession d'images cauchemardesques d'une redoutable intensité. Qui plus est, la photo blafarde amplifie lourdement le réalisme nauséeux émanant de ces incroyables effets gores supervisés par Joe Blasco, quand bien même la scénographie de cette pandémie prise sur le vif aligne les séquences chocs à une cadence insatiable ! Son thème majeur: notre rapport intrinsèque et équivoque face au besoin sexuel. Sous l'autorité d'un metteur en scène facétieux, son argument à la fois impudent et couillu aurait été un prétexte pour singer une comédie parodique. Mais sous l'intervention clinique d'un maître de l'horreur organique, ce cauchemar séminal interpelle, dérange, tétanise les mirettes par son flot quasi ininterrompu de situations horrifiques parfois scabreuses (les 2 bambins à moitié nu promenés en laisse tels des animaux de compagnie, la gamine embrassant de force un quinquagénaire ou encore le papy en étreinte avec sa propre petite fille !). Il est clair que si Frissons eut été façonné de nos jours, la censure aurait proscrit certaines des séquences illustrant sans complexe des tabous paraphiles.


Si l'ensemble peut paraître au premier abord itératif et sans surprise et que l'interprétation manque d'aplomb, la réalisation modeste de Cronenberg est suffisamment assidue pour nous agrémenter sans accalmie des séquences d'agressions cinglantes par leur impact émotionnellement trouble. Parmi un sentiment d'urgence extrême (le médecin peine à pouvoir enrayer l'orgie endémique), nous suivons en temps réel cette propagation de maladie vénérienne auquel ses occupants sont infectés par un parasite phallique. Et pour se glisser dans le corps étranger cette forme de sangsue visqueuse s'infiltre (ou s'en extrait !) par voie buccale en produisant chez certains sujets des protubérances dans l'estomac. Passé l'inoculation, les victimes sont instinctivement éprises d'un désir sexuel si incontrôlé qu'elles sont parfois poussées à une folie meurtrière afin de propager leur maladie à autrui. En prime, le sentiment d'impuissance octroyé au médecin pour contrecarrer la contamination nous éprouve davantage quant à l'escalade de cette exubérance sexuelle !


L'Emprise des sens
Réflexion sur l'altération de l'organisme, métaphore sur l'addiction sexuelle et la dépendance aux drogues, Frissons provoque et malmène, trouble et désoriente dans sa manière viscérale de nous confronter à nos désirs sensuelles. La stimulation du corps et de ces zones érogènes en quête d'activité lubrique semblant nous énoncer ici que la perversité est innée en nous (cette énergie relative au désir de la chair nous contrôlant inconsciemment). Avertissement aux âmes prudes pour autant car l'oeuvre scabreuse garde intacte son pouvoir de fascination malsaine !

La critique de Rage: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/02/rage-rabid.html

09.08.12. 6èx (28.07.02)
Bruno Matéï

 

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