lundi 26 mars 2012

BLUE HOLOCAUST (Folie Sanglante / Buio Omega / Beyond the Darkness)

                                                                       Photo empruntée sur Google, appartenant au site wrongsideoftheart.com

de Joe D'Amato. 1979. Italie. 1h34. Avec Kieran Canter, Cinzia Monreale, Franca Stoppi, Sam Modesto, Anna Cardini, Lucio D'Elia, Mario Pezzin.

Sortie Salles France: 30 Juin 1982.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Joe d'Amato (né Aristide Massaccesi le 15 décembre 1936 à Rome, mort le 23 janvier 1999) est un réalisateur et scénariste italien.
1977 : Emanuelle in America, 1977 : Viol sous les tropiques, 1979: Buio Omega (Blue Holocaust), 1980:Anthropophagous, La Nuit Erotique des morts-vivants, Porno Holocaust, 1981: Horrible, 1982: 2020, Texas Gladiator, Caligula, la véritable histoire, Ator l'invincible, 1983: Le Gladiateur du futur.


Un an avant son controversé Anthropophagous, Joe d'Amato nous avait offert sa pièce maîtresse d'une filmographie scindée entre l'univers du X et celui du gore dégueulbif. Tourné en quatre semaines avec un budget dérisoire, Blue Holocaust est avant tout le remake au vitriol du film Il Terzio occhio (Third Eye) de Mino Guerrini, avec Franco Nero en tête d'affiche. Le jour où le jeune Francesco apprend la mort de sa fiancée, celui-ci plonge dans une telle détresse qu'il s'empresse d'exhumer son cadavre pour le ramener chez lui. Vivant reclus dans une vaste demeure parmi sa gouvernante, Francesco sombre peu à peu dans une folie meurtrière après avoir accosté d'innocentes jeunes filles. 

.
En 1979, pour la première fois de sa carrière, l'inénarrable Joe D'Amato se lance dans l'entreprise d'un pur film d'horreur repoussant les limites de la bienséance à travers une macabre histoire d'amour. Avec son ambiance poisseuse et blafarde, renforcée d'une photographie exsangue, Blue Holocaust est un sommet de folie contagieuse pour la relation équivoque entretenue entre une gouvernante et son propriétaire de maison. Après avoir perdu sa fiancée d'une maladie incurable (et par la faute d'un mauvais sort de vaudou !), un taxidermiste décide d'extirper son corps de son cercueil pour le ramener dans sa demeure et l'embaumer afin de la préserver pour l'éternité. Avec cette trame sulfureuse traitant de la nécrophilie, Joe d'Amato en extrait un conte malsain d'une folie scabreuse. Par ses excès gores volontairement vomitifs, par son ambiance macabro-élégiaque scandée par la rythmique des Goblin et par le profil licencieux réservé aux principaux protagonistes, Blue Holocaust ne cesse d'osciller entre fascination et répulsion. Le profil psychologique sommairement établi entre Francesco et sa bonne à tout faire, Iris, nous permettant d'observer une relation dysfonctionnelle dénuée de morale, voire aussi de raison. En effet, durant sa dérive meurtrière, on ne comprends pas vraiment pour quel véritable motif Francesco est subitement atteint de folie homicide ! S'autorisant à multiplier les maîtresses d'un soir en guise affective et subitement sadique (il arrache les ongles d'une auto-stop avec une haine improbable !), il réussit pourtant à nous distiller une certaine empathie pour sa détresse mélancolique. Alors qu'Iris, manipulatrice sans vergogne car secrètement amoureuse de Francesco, usera de convoitise dans sa complicité meurtrière et ses intimidations pour parvenir à ses fins.


Cette relation transgressive entre deux marginaux véreux fascine par son climat obsédant d'où plane l'effluve mortuaire (un peu à la manière cynique du tout aussi maladif Baiser Macabre de Lambert Bava). Soutenu par le score nonchalant des Goblin et relativement efficient dans sa narration débauchée, le film nous entraîne dans leur obscène dérive pour le compte d'un amour éperdu. Cette atmosphère morbide décuplée par ses excès gores intolérables, son décor académique d'un pavillon orné de pièces froides et l'omniprésence d'un cadavre apposé sur le velours d'un matelas, insuffle une aura de souffre vertigineuse. Quand à l'épilogue sardonique, on appréciera autant la verve ironique de sa chute macabre pour la reviviscence d'une morte récalcitrante ! Si l'interprétation se révèle plutôt stérile, on peut par contre tolérer une réelle indulgence envers Franca Stoppi, incarnant avec charisme démoniaque le rôle d'une gouvernante possessive. Peu expressive dans un vocabulaire concis mais sidérante d'austérité dans sa morphologie famélique, l'actrice dégage une prestance indocile littéralement ensorcelante ! Quand à Kieran Canter, son physique bellâtre de jeune défunt accablé par le chagrin accorde une certaine photogénie dans son regard azur noyé d'aigreur et réfutant le scrupule.


En dépit d'une interprétation défaillante, de dialogues puérils et de la psychologie mutique des personnages, Blue Holocaust est un classique de déviance nécrophile. L'audace putassière accordée à certaines dérives gores (l'éviscération d'Anna ou le bain de soude pratiqué à l'auto-stoppeuse sont viscéralement écoeurants !), l'ambiance de romantisme mortifère qui s'y dégage et le duo formé par les amants endeuillés immortalisent cette clef de voûte du Bis transalpin.

Définition de Buio Omega (anecdote reprise sur le site devildead): La lettre "Omega" (relevée sur le véhicule des pompes funèbres) symbolise la fin, d'après la parole de Dieu "Je suis l'Alpha et l'Omega", je suis le début et la fin de toutes choses. "Buio" signifiant les ténèbres...

26.03.12
Bruno Matéï

2 commentaires:

  1. A noter que 'le froid baiser de la mort' avec franco nero raconte la même histoire mais en moins glauque (quoique),dont blue holocaust en constitue une sorte de remake!

    RépondreSupprimer
  2. C'est ce que j'ai précisé en intro "anonyme" ^^

    RépondreSupprimer