mercredi 9 novembre 2011

LA PETITE FILLE AU BOUT DU CHEMIN (The Little Girl Who Lives Down the Lane)


de Nicolas Gessner. 1976. France/U.S.A/Canada. 1h28. Avec Jodie Foster, Martin Sheen, Alexis Smith, Mort Shuman, Scott Jacoby, Dorothy Davis, Clesson Goodhue, Hubert Noel, Jacques Famery, Mary Morter, Julie Wildman.

Sortie en salles en France le 26 Janvier 1977. U.S: 10 Aout 1977

Récompenses: Saturn Award du Meilleur film d'Horreur.
Saturn Award de la meilleure actrice pour Jodie Foster à l'académie des films de science-fiction, fantastique et Horreur en 1978.

FILMOGRAPHIE: Nicolas Gessner est un réalisateur et scénariste d'origine Hongroise, né en 1931.
1959: Auskunft im Cockpit. 1965: Un milliard dans un billard. 1967: La Blonde de Pékin. 1969: Douze et un. 1971: Quelqu'un derrière la porte. 1976: La Petite fille au bout du Chemin. 1980: Deux affreux sur le sable. 1982: Herr Herr (tv). 1984: Le Tueur triste (tv). 1987: Das Andere Leben (tv). 1989: Passe-passe. Tennessee Nights. 1994: Chèques en boite (tv).


Réalisateur d'origine hongroise plutôt discret et inclassable, Nicolas Gessner réalise en 1976 un ovni autour d'un trio d'acteurs peu communs que forment le chanteur Mort Shuman, Martin Sheen et surtout la nubile Jodie Foster dans l'un de ses premiers rôles au cinéma. Récompensé du Saturn Award du Meilleur Film et de la Meilleure actrice en 1978, cette oeuvre méconnue mais défendue par une poignée d'aficionados transfigure le conte insolite sous l'impulsion magnétique de la jeune Jodie Foster rehaussant le caractère trouble et indicible de l'intrigue. Dans sa demeure bucolique, Rynn Jacobs est une jeune adolescente de 13 ans vivant recluse avec son père. Harcelée par le pédophile Frank Hallet et la mère de celui-ci, agent immobilière de la famille Jacobs, elle semble totalement autonome et débrouillarde pour son jeune âge à s'occuper des nombreuses tâches dans la maison. Mais dans son entourage, nombre de quidams s'interrogent sur l'absentéisme récurrent de son paternel alors que Madame Hallet disparaît à son tour sans laisser de trace. 
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Drame intimiste, suspense en vase clos, romance infantile et mystère sous-jacent sont les ingrédients de ce petit métrage transcendé par la prestance intuitive de la néophyte Jodie Foster (j'insiste à nouveau !). Avec beaucoup d'habileté dans l'art de suggérer inquiétude diffuse et fausses pistes, la Petite Fille au bout du chemin nous illustre l'étonnant portrait d'une adolescente de 13 ans livrée à elle même depuis la mort de son père et de la séparation de sa mère. Autrefois inculquée de manière marginale par un paternel réfractaire à l'encadrement scolaire, Rynn Jacobs aura tranquillement appris à survivre par son autonomie à se prendre en main. Mais depuis l'arrivée insolente d'un pervers insidieux, elle doit subir son harcèlement quotidien au sein de son foyer familial. Spoiler ! En prime, Mme Hallet, mère du pédophile présumé est de plus en plus suspicieuse à l'idée de ne jamais rencontrer Mr Jacobs. Intrigués par la cachette d'une cave située sous le tapis de la salle à manger, Mme Hallet et son fils soupçonnent la jeune fille d'occulter un macabre secret. L'inspecteur Ron Miglioriti rodant aux alentours commence également à incriminer l'existence de Mr Jacobs. Un soir, Rynn rencontre par hasard le jeune Mario, un magicien fantaisiste furtivement épris de sentiments. Ensemble, ils vont entamer une liaison amoureuse à la manière d'adultes responsables tout en faisant preuve de subterfuge et malice pour éclipser la vérité sur cette mystérieuse famille. Fin du Spoiler.


La petite fille au bout du chemin est donc le genre de film éthéré puisant sa densité à l'échafaudage d'une narration à la fois déroutante, insolite et poétique. En auscultant le profil peu commun d'une adolescente avisée mais solitaire et introvertie, Nicolas Gessner sème le doute, attise la confusion, interroge sans cesse le spectateur sur son attachante personnalité dénuée de moindre exubérance.
Récompensée d'un prix d'interprétation pour son rôle juvénile, Jodie Foster se révèle diaphane de flegmatisme dans sa psychologie anarchiste à daigner se prendre en main sans l'autorité adulte. Dans un second-rôle mécréant, Martin Sheen s'avère proprement exécrable dans la peau d'un pédophile orgueilleux prêt à oser transgresser ses perversions sexuelles. Dans une prestation encore plus discrète, Mort Shuman surprend agréablement pour endosser avec bonhomie celui d'un flic déférent plutôt désorienté par l'intelligence de Rynn Jacobs. Enfin, Scott Jacoby incarne avec spontanéité et fantaisie le magicien Mario se compromettant dangereusement avec l'amour d'une ado versatile.


Qui est donc Rynn Jacobs ?
Etrange, déroutant, envoûtant autour d'une narration au suspense latent, La Petite Fille au bout du Chemin nous laisse finalement sur un sentiment d'amère incertitude face au portrait énigmatique d'une ange déchue. Scandé par la présence de Jodie Foster au rythme d'une mélodie nonchalante, cet ovni à la fois intimiste et feutré nous quitte sur l'expression amorphe d'une adulescente étrangement vénéneuse. 

09.11.11.  4èx.
Bruno Matéï



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