mardi 27 septembre 2011

LA MAISON DU DIABLE (The Haunting)

                             Photo empruntée sur Google, appartenant au site horreur-web.forumactif.com

de Robert Wise. 1964. Angleterre. 1h51. Avec Julie Harris, Claire Bloom, Richard Johnson, Russ Tamblyn, Fay Compton, Rosalie Crutchley, Lois Maxwell, Valentine Dyall, Diane Clare, Ronald Adam.

Sortie en salles en France le 4 Mars 1964. U.S: 18 Septembre 1963.

FILMOGRAPHIE: Robert Wise est un réalisateur, scénariste, producteur, monteur né le 10 Septembre 1914, décédé le 14 Septembre 2005 à Winchester (Indiana).
1944: La Malédiction des Hommes Chats, 1945: Le Récupérateur de cadavres, 1948: Ciel Rouge. Né pour Tuer. 1949: Nous avons gagné ce soir. 1952: La Ville Captive. 1952: Le Jour où la terre s'arrêta. 1954: Les Rats du Désert. 1957: Marqué par la Haine. 1958: l'Odyssée du sous-marin Nerka. 1962: West Side Story. 1964: La Maison du Diable. 1966: La Mélodie du Bonheur. 1967: La Canonnière du Yang-Tsé. 1972: Le Mystère Andromède. 1975: L'Odyssée du Hindenburg. 1977: Audrey Rose. 1980: Star Trek. 1989: Les Toits. 2000: Une Tempête en été (télé-film)


Réalisateur prolifique dans la diversité des genres, Robert Wise s'inspire en 1963 d'un roman de Shirley Jackson pour tenter d'authentifier un cas de demeure hantée chez La maison du Diable. Psychanalyse passionnante sur la psychose de nos angoisses, ce chef-d'oeuvre inégalé laisse planer le doute quand à l'intrusion du surnaturel pour mieux nous entraîner dans le vertige d'une inhibition refoulée. Un professeur en parapsychologie rassemble trois adjoints autour d'un cas de maison hantée dans la célèbre demeure de Hill House. Eleanor, la femme la plus susceptible, semble aussi attirée que terrifiée par la présence spirituelle de la maison. Bientôt, sa vie va basculer dans la paranoïa et la névrose, faute de son angoisse accablée par le récent décès de sa mère et de cette vaste maison exerçant une occulte influence.


Modèle de suggestion d'une infinie richesse dans sa démarche thérapeutique vers la névrose de l'héroïne, La Maison du Diable constitue une ultime expérience avec la peur du tourment. Le réalisateur illustrant avec émotion le portrait introspectif d'une femme esseulée, profondément accablée par une existence de déréliction. Faute de supporter sa relation orageuse avec une soeur autoritaire auquel elles ont choisi de vivre communément dans l'appartement restreint d'une collocation, Eleanor est d'autant plus assaillie par la culpabilité du décès de sa mère impotente. Car un soir, alors que celle-ci, mourante, lui suppliait de lui rapporter ses médicaments, Eléanor omet involontairement de lui porter assistance.


En conteur circonspect, Robert Wise nous ausculte ici les tourments cérébraux d'une célibataire aguerrie. Une femme particulièrement susceptible des mesquineries de sa collègue de chambre désireuse de la provoquer pour mieux la confronter à sa paranoïa. Au climat d'insécurité instauré à travers les diverses pièces baroques (l'immense escalier circulaire, le jardin de statues de pierre), la jeune femme étourdie d'un environnement trop spacieux perçoit son climat ténébreux pour se laisser influencer par une imagination anxiogène. Les premiers phénomènes inexplicables sont causés par un assourdissant tambourin raisonnant inlassablement derrière la porte de la chambre auquel nos deux héroïnes s'y sont cloîtrées. Plus tard, des voix infantiles ou caverneuses, des bruits de pas diffus, une porte semblant respirer, tel un battement de coeur poussif, vont une nouvelle fois tourmenter les esprits (influençables) de la confrérie en quête de sensationnalisme. Ces séquences percutantes à l'angoisse palpable ou oppressante sont admirablement suggérées par un montage nerveux multipliant cadrages alambiqués devant le témoignage déconcerté de nos témoins. L'implacable force du récit émane de cet esprit susceptible sujet à des évènements potentiellement paranormaux, car davantage influencé par sa paranoïa toujours plus éprouvante. A moins que le pouvoir mystique de la maison possède finalement cette faculté irrationnelle de matérialiser les angoisses des esprits introvertis les plus réceptifs. Comme quoi, la peur, le doute, la crainte de pouvoir s'affirmer peuvent facilement nous mener à l'aliénation lorsqu'un esprit névrosé ne trouve pas matière à réprimer ses affres d'un passé traumatique (ici, la hantise d'une culpabilité pour avoir involontairement laissé pour morte une matriarche !).


La Locataire.
Sommet d'angoisse sous-jacente, de tension oppressante et de mystère insondable, La Maison du Diable constitue la clef de voûte du cinéma d'épouvante par le biais d'une réflexion complexe sur la névrose. A travers la hantise d'une demeure gothique (superbement photographiée dans des éclairages monochromes habilement contrastés), c'est la psychanalyse subjective d'une patiente déchue, entraînée par une délivrance morbide que nous conte avec acuité l'auteur. Alors que paradoxalement, le doute se porte garant quant à la véracité potentiellement irrationnelle de cette bâtisse aux secrets indéchiffrables. La maison du diable jouant avec une rare intelligence avec la suggestion d'une énigme laissée en suspens.

27.09.11   4



                                            

7 commentaires:

  1. Très bonne critique du film , encore que le besoin de Freud ne sois pas nécessaire pour appréhender cette histoire.
    la seule histoire d' Eleanore est suffisante à elle même
    et le réalisateur nous fait la démonstration hypnotique
    d'un parcours en accentuant des contours très inconscients il est vrai.
    Il est possible de voir ce film sans faire allégeance à Sigmund. il faut se rassurer de temps en temps.

    Merci de mettre Robert Wise au gout du jour mon cher Bruno.
    j'ai vu beaucoup de ces films , mais dont j'attends la plupart d'entre eux en raie bleue..

    Ce film est une perle d'élaboration cinématographique
    non seulement dans les plans , mais dans la direction d'acteurs…
    la scène de l'escalier en colimaçon est tout juste extraordinaire.
    Ce type connaissais le montage et cela ce voit d'entrée
    dans sa conception initiale.
    Inutile de nier plus loin l'influence exercée par ce film pour l'élaboration d'Amytiville ….un monument.

    J'ai l'odyssée du sous marin Nerka sous les yeux , dont il me tarde de regarder.

    Un incontournable dont tu as cité l'essence justement .
    " Ces séquences percutantes sont admirablement rendues par un montage nerveux plutipliant les angles de vue alambiqué et s'accaparant d'un climat oppressant scandé par le témoignage terrifié de nos protagonistes déconcertés."

    avec dr jekyll et Mr Hyde 1941 avec Spencer Tracy , il s'agit là d'un film d'épouvante au premier degré dont il est très rare de trouver des acteurs
    si investis...

    Très étrange , et dont on aimerai écouter des bonus qui n'existe pas .

    MOTEURRRRRR......

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  2. Merci Lirandel. J'ai oblitéré le terme freudien.

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  3. Wise est un immense cinéaste. Il avait cette qualité rare de faire des grands films avec des scripts qui, entre deux yeux moins experts, n'auraient pas donné le même résultat. La force du montage qui fut la première arme de Wise (Cirizen Kane, The Magnificent Ambersons) se mesure dans chaque séquence. "The Haunting" est une véritable réussite du genre sur tous les plans. Le mélange des acteurs très cadrés dans leurs personnalités respectives fonctionne admirablement et la photo de Boulton sait susciter le doute et l'angoisse.

    Le futur "La Maison des Damnés" de John Hough d'après un scénario et un roman de Matheson doit beaucoup à ce film, je pense. Il faut oublier le titre français qui est totalement idiot. Tout est dit avec "The Haunting".

    Tout les stylistes aiment Robert Wise (Scorsese, De Palma, Spielberg). Son nom lui allait plutôt bien ! Il fut un maître discret. La suite de "Cat People", The Body Snatcher, The Day the Earth Stood Still, Odds Against Tomorrow, Somebody up there likes me, West Side Story, sans oublier son chef-d'oeuvre : The Set-Up. Peut-être le plus grand des films noirs. ... Du coup, on lui pardonne "The Sound of Music" et quelques autres productions ! Tant de films importants et si peu de reconnaissance pour ce cinéaste first class. Merci Bruno pour cet hommage bien mérité.

    En 99, Jan De Bont réalisa un remake "Hantise", flingué par la critique. Très inférieur à l'original, il est pourtant plaisant et peut se regarder à la suite du film de Wise, ne serait-ce que pour s'amuser au jeu des analogies.

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  4. C'est mon devoir Adam de rendre hommage à de telles réussites immuables.
    Par contre, le remake de Jan De Bont, je l'ai détesté.

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  5. La Maison des Damnés, je voulais justement le revoir ce soir ! Mais ce sera le chef-d'oeuvre de Cronenberg finalement.

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  6. La Maison des Damnés est très en dessous de "The Haunting" mais je l'aime beaucoup. Il faut dire que je suis un grand fan de Richard Matheson. En plus Gayle Hunnicutt me fait chaud au coeur et au reste et j'adore ce grand cabot de Roddy McDowall ! Le remake de "The Haunting" : je suis assez surpris que tout le monde le déteste autant. Il y a tellement de remakes insupportables. Celui de "The Haunting", je l'ai suivi sans trop maugréer et même en m'amusant. Miss Zeta-Jones me liquéfie le sens critique, probablement...

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  7. Je suis amoureux de l'ambiance gothique de la maison des damnés, il fait aussi parti de mes meilleurs films. Ma critique hommage viendra un jour prochain...

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