mardi 26 juillet 2011

SOLEIL VERT (Soylent Green). Grand Prix du Festival d'Avoriaz en 1974.


de Richard Fleischer. 1973. U.S.A. 1h37. Avec Charlton Heston, Leigh Taylor-Young, Chuck Connors, Joseph Cotten, Brock Peters, Paula Kelly, Edward G. Robinson.

Sortie en Salles: 19 Avril 1973 (New-York), 9 Mai 1973 (Etats-Unis), 26 Juin 1974 (France)

FILMOGRAPHIE: Richard Fleischer est un réalisateur américain né le 8 décembre 1916 à Brooklyn,  et décédé le 25 Mars 2006 de causes naturelles.
1952: l'Enigme du Chicago Express, 1954: 20 000 lieux sous les mers, 1955: les Inconnus dans la ville, 1958: les Vikings, 1962: Barabbas, 1966: le Voyage Fantastique, 1967: l'Extravagant Dr Dolittle, 1968: l'Etrangleur de Boston, 1970: Tora, tora, tora, 1971: l'Etrangleur de Rillington Place, 1972: Terreur Aveugle, les Flics ne dorment pas la nuit, 1973: Soleil Vert, 1974: Mr Majestyk, Du sang dans la Poussière, 1975: Mandingo, 1979: Ashanti, 1983: Amityville 3D, 1984: Conan le destructeur, 1985: Kalidor, la légende du talisman, 1989: Call from Space.

                                  

Un an après son fiévreux polar, Les Flics ne dorment pas la nuit, Richard Fleischer se tourne vers la science-fiction pour illustrer l'une des plus effrayantes presciences du devenir de notre humanité d'après un roman de Harry Harrison. Ovationné l'année suivante par son Grand Prix au Festival d'Avoriaz, Soleil Vert se révèle en l'occurrence plus que jamais d'actualité parmi sa puissance émotionnelle rigoureuse. En 2022, l'avenir du monde est plus que jamais sur la corde raide. Surpopulation, pollution, réchauffement climatique, famines et crise du logement mènent le sort de l'humanité vers une dernière alternative. Le soleil vert, bleu ou rouge est une petite tablette alimentaire synthétique à base de plancton pour subvenir à la famine. Mais derrière ce nouveau produit de consommation prolifique se cache un terrifiant secret. C'est ce que va découvrir au péril de sa vie un flic enquêtant sur la mort d'un des directeurs de la production.  

                                      

En visionnaire défaitiste, Richard Fleischer, nous met irrémédiablement dans l'ambiance dès son générique d'intro illustrant, via images d'archives, le développement industriel des mégalopoles du début du 20è siècle jusqu'à notre civilisation moderne. Un flot de séquences blafardes débouchant sur la surpopulation et la pollution en nette dégénérescence. Ce mini clip prophétique est exacerbée
d'une partition mélancolique de Fred Myrow. Parmi ces images de foule humaine implantée dans des cités insalubres, Soleil Vert démarre fort et prend à la gorge le spectateur par son esthétisme cauchemardesque. Conçu comme une enquête criminelle, la narration nous dépeint ensuite l'existence routinière de Robert Thorn, un flic co-habitant avec le vieux retraité, Sol Roth, avant qu'il ne découvre l'incroyable machination d'un assassinat. Avec sobriété pour la confection de décors high-tech extériorisant un New-york aussi diaphane que suffocant, Richard Fleischer réussit avec une grande efficacité à provoquer l'effroi. Par l'émotion de scènes intimistes, on peut d'ailleurs citer la séquence édifiante auquel le vieux Sol propose à son acolyte de savourer à nouveau les plaisirs culinaires d'antan. A savoir déguster une feuille de salade fraîche, quelques tomates juteuses, une tranche de boeuf ou encore une pomme fruitée ! Par leur complicité cocasse d'un jeu de regards désireux, nos deux compères réussissent à provoquer une émotion aigre pour cette époque révolue où l'alimentation faisait office de denrée précieuse. Il faut d'ailleurs savoir qu'à l'origine, cette séquence poignante fut improvisée en plein tournage à la demande de Charlton Heston et Edward G. Roberson.

                                     

Plus engagé que jamais pour la préservation de notre environnement, Richard Fleisher nous dévoile ici un avenir caniculaire proprement despotique et phallocrate, où la femme battue et dépréciée est comparable à un "mobilier".  Où les pauvres démunis, affamés et sans emploi sont parqués les uns sur les autres dans les églises ou escaliers d'immeuble afin de chercher le sommeil. Quant aux forces de l'ordre, elles sont contraintes d'amasser les quidams désoeuvrés à l'aide de pelleteuses pour les entasser dans leur camion benne. Quand bien même les riches notables égocentriques ont droit à une vie beaucoup plus épanouie dans de luxueux pavillons climatisés. L'existence de la faune et de la flore n'est plus qu'un lointain souvenir radoté par nos ancêtres, davantage tentés par le suicide en guise d'exutoire. A ce sujet, lorsque Sol réussit à découvrir l'horrible constituant des tablettes vertes, Richard Fleischer nous illustre l'une des séquences d'euthanasie les plus bouleversantes du cinéma. Étendu sur un lit spécialement conçu pour accueillir l'hôte, le vieil homme va contempler durant plus de vingt minutes les merveilles écologiques de notre civilisation d'antan devant un écran géant. Une séquence bouleversante car d'une beauté flamboyante pour son Eden révolu renforcée d'une symphonie classique de Beethoven, Tchaïkovsky et Peer Gynt. Hymne à la nature et à la vie, cette élégie distille inévitablement les larmes de la désillusion.


Pourvu de moyens modestes mais convaincants afin d'authentifier une dystopie en déliquescence, Richard Fleischer privilégie la caractérisation humaine de ses personnages épris de mélancolie à observer la situation chaotique d'une civilisation gagnée par le fascisme. Effroyablement crédible pour dépeindre un climat solaire gangrené par la pollution Spoil ! et le cannibalisme industriel Fin du Spoiler, ce chef-d'oeuvre avant-gardiste s'avère l'un des plus nihilistes réquisitoires contre les corporations agroalimentaires de nos sociétés modernes.

26.07.11
Bruno Matéï

Récompenses: Grand Prix au Festival d'Avoriaz en 1974.
Prix du meilleur film de science-fiction (Saturn Award), lors de l'Académie des films de science-fiction, fantastique et horreur en 1975.

Note: Edward G. Robinson, qui venait de clôturer son 101ème dernier film, mourut en janvier 1973 (rongé par un cancer) peu après la fin du tournage, alors que Soleil vert n'était pas encore présenté au public.

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