dimanche 27 février 2011

VIDEODROME

                                                               Photo empruntée sur Google, appartenant au site dvdclassik.com

de David Cronenberg. 1982. U.S.A. 1H28.Avec James Woods, Sonja Smits, Deborah Harry, Peter Dvorsky, Leslie Carlson, Jack Creley, Lynne Gorman, Julie Khaner, Reiner Schwartz, David Bolt, Lally Cadeau...

Sortie Salles France: 16 mai 1984, sortie U.S.A: 28 janvier 1983

FILMOGRAPHIE: David Cronenberg est un réalisateur canadien, né le 15 mars 1943 à Toronto (Canada.
1969 : Stereo, 1970 : Crimes of the Future, 1975 : Frissons, 1977 : Rage,1979 : Fast Company, 1979 : Chromosome 3, 1981 : Scanners, 1982 : Videodrome, 1983 : Dead Zone, 1986 : La Mouche,1988 : Faux-semblants,1991 : Le Festin nu, 1993 : M. Butterfly, 1996 : Crash, 1999 : eXistenZ, 2002 : Spider, 2005 : A History of Violence, 2007 : Les Promesses de l'ombre, 2011 : A Dangerous Method
 

Un an après l'excellent Scanners, David Cronenberg jette un pavé dans la mare avec Videodrome, diatribe contre la manipulation des médias à daigner lobotomiser la rétine du spectateur. Un directeur de chaîne de télévision du canal 83, spécialiste en matière de programmes pornographiques, reçoit par le biais d'un de ses collègues une cassette vidéo intitulée Videodrome. Ce programme extrême à base de tortures et de viols commis sur des êtres humains ne serait pas simulé d'après l'ambition d'un utopiste clairement déterminé à symboliser une nouvelle chair. Ce projet révolutionnaire aurait comme principal dessein d'immuniser une Amérique contre l'hostilité de pays étrangers en expansion économique.


Attention ovni hallucinatoire à visionner avec avertissement et modération ! On aurait d'ailleurs pu suggérer cette tagline en haut de l'affiche lors de sa discrète (et tardive) sortie salles. Si bien que Vidéodrome s'insinue dans notre mental avec une expression visuelle inédite et un pouvoir de fascination malsain. Le scénario d'une richesse thématique inépuisable s'avère d'abord quasi irracontable tant la structure des faits se distord et fusionne avec une réalité virtuelle régie par un organisme totalitaire. Un groupuscule mystique et anarchiste s'étant permis via le tube cathodique d'employer une nouvelle technologie afin de mieux renforcer une Amérique paranoïaque contre la concurrence des états étrangers en voie de développement. Un outil technique de contrôle absolu via l'image chimérique capable d'hypnotiser et d'altérer la perception oculaire des téléspectateurs. Des cobayes transis d'émoi, fascinés par les programmes toujours plus violents et complaisants destinés à appâter leurs bas instincts en manque de sensations nouvelles ! Le parcours de notre directeur de télévision, Max Renn, est un véritable dédale mental de tous les dangers dans sa conscience pervertie mais aussi dans son malaise organique depuis que sa nouvelle chair corporelle s'est mutée en magnétoscope humain via le programme Vidéodrome. Cette vidéo pirate provoquerait une tumeur au cerveau à ceux qui oseraient s'aventurer à zieuter l'une des cassettes frauduleuses. Des spectacles extrêmes pratiquant sur des cobayes humains meurtres, tortures, viols et soumissions ! Dans ce maelstrom d'images putanesques, une nouvelle réalité se créerait par le biais de notre tube cathodique apte à retransmettre Vidéodrome afin de transformer notre psyché. Les hallucinations perpétrées sur l'esprit transi s'avèrent si réelles et sensorielles que le héros ne parvient plus à distinguer la réalité de l'abstraction ! Tout en sachant que l'achèvement du projet Vidéodrome est de rendre notre nouvelle réalité encore plus réelle que ce que l'oeil humain est capable de discerner à travers notre morne quotidienneté !


Avec aplomb et esprit d'arrogance, James Woods endosse le cobaye humain d'une expérience incongrue révolutionnaire. Une prestance audacieuse dans celui d'un directeur de cinéma transgressif apte à dénicher le programme le plus extrême afin de contenter une population addicte au sexe et à la violence ! Secondé par une illustre chanteuse des années 80, Deborah Harry surprend par sa sensualité indocile et nourrit une aura vénéneuse dans son goût fétichiste pour le sadomasochisme. Son regard charnel en quête d'une jouissance sadienne déroute le spectateur envoûté par son élégance sulfureuse à mettre en pratique ses fantasmes les plus déviants ! Avec un scénario atypique aussi passionnant que terriblement inquiétant pour l'avenir de notre "télé-réalité", David Cronenberg cultive un maelström d'images terrifiantes, malsaines et fascinantes, d'un impact dévastateur. A l'instar de la tête de Max enfouie au creux des immenses lèvres de Nicki s'extirpant de l'écran organique d'une TV, ou de ces coups de fouet assénés contre une esclave sexuelle. Il y également ce choc viscéral lorsque notre héros s'infiltre et s'extirpe un flingue de l'estomac par un orifice semblable à un vagin ! Ou encore cette orgie intestinale s'échappant de la déflagration d'un téléviseur ! Sans compter la scène évocatrice de la mission locale où des sans-abris amorphes contemplent la télé à l'instar de véritables toxicomanes ! Face à cet amoncellement de séquences chocs, les FX époustouflants de Rick Barker et Michael Lennick nous clouent sur notre fauteuil par leur inventivité graphique (en dehors d'un effet cheap grossier lorsqu'un revolver mute pour libérer des vis métalliques afin de s'infiltrer dans la main de Max).


La nouvelle chair
En tant que visionnaire, David Cronenberg livre ici une passionnante réflexion sur le pouvoir de l'image, sur l'altération de la réalité au travers de la fiction, sur le traitement de la violence et notre rapport intime avec nos bas instincts. Amplifié du score dissonant de Howard shore, Vidéodrome constitue un chef-d'oeuvre avant-gardiste pour sa terrifiante lucidité à dénoncer les effets pervers de la manipulation des médias. Il en émane une expérience atypique éprouvante, terrifiante, somatique, indicible, au risque d'altérer votre psyché potentiellement compromis par la nouvelle chair !

10.01.11.    4.
B.M.

       

2 commentaires:

  1. le film le plus représentatif a mes yeux du cinéma de la chair de Cronenberg, une oeuvre hallucinante de maitrise dans sa thématique ! un must inoubliable de sa carrière, dont la tournure cinématographique a bien changé d'orientation depuis et c'est bien dommage, car j'aimerais vraiment qu'il se replonge dans ce qu'il savait faire de mieux jusqu'a son dezrnier chef d'oeuvre en date pour moi : "Faux-semblants"

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  2. Faux Semblants est mon film préféré de sa carrière

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