samedi 26 février 2011

LA LONGUE NUIT DE L'EXORCISME (Non si sevizia un paperinoà / Ne torturez pas le caneton)

                                                                                     Photo empruntée sur Google, appartenant au site dpstream.net

de Lucio Fulci. 1972. Italie. 1H42. Avec Barbara Bouchet, Tomas Milian, Florinda Bolkan, Marc Porel, Ugo D'Alessio, Georges Wilson, Barbara Bouchet, Irene Papa.

Dates de sortie : 29 septembre 1972 (Italie), 22 mars 1978 (France - Interdit aux - de 18 ans en salles)

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Lucio Fulci est un réalisateur, scénariste et acteur italien, né le 17 juin 1927 à Rome où il est mort le 13 mars 1996. 1966: Le Temps du Massacre, 1969 : Liens d'amour et de sang , 1971 : Carole, 1971: Le Venin de la peur,1972 : La Longue Nuit de l'exorcisme, 1974 : Le Retour de Croc Blanc, 1975: 4 de l'Apocalypse, 1976: Croc Blanc, 1977 : L'Emmurée vivante, 1979: l'Enfer des Zombies, 1980 : la Guerre des Gangs, 1980 : Frayeurs, 1981 : Le Chat noir, 1981 : L'Au-delà, 1981 : La Maison près du cimetière , 1982 : L'Éventreur de New York , 1984 : 2072, les mercenaires du futur, Murder Rock, 1986 : Le Miel du diable , 1987 : Aenigma, 1988: Quando Alice ruppe lo specchio, 1988 : les Fantomes de Sodome, 1990 : Un chat dans le cerveau, 1990 : Demonia, 1991 : Voix Profondes, 1991 : la Porte du Silence.
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Le Village des Damnés
Un an après Le Venin de la PeurLucio Fulci emprunte à nouveau la voie du thriller, plus communément nommé Giallo chez nos voisins transalpins mais dont je réprouve ici le terme si bien qu'il ne s'agit pas du traditionnel tueur ganté de noir décimant de charmantes italiennes autour d'un stylisme érotique. La longue Nuit de l'Exorcisme, titre franchouillard proprement mercantileest simplement exploité pour concurrencer le phénoménal succès de l'Exorciste de Friedkin. D'ailleurs, dans l'hexagone, le film ne sortira que 6 ans après sa sortie officielle, précisément en 1978. Dans un village Sicilien, une série d'infanticides sans mobile apparent ont lieu. La police dubitative des agissements du meurtrier enquête vainement avant de s'orienter vers un présumé coupable, un demeuré attardé vilipendé par une bande d'enfants. La population davantage contrariée ne tarde pas à s'envenimer alors qu'un autre potentiel suspect, la "sorcière" du village, est devenu la nouvelle cible. Petit avertissement aux âmes prudes ! La Longue Nuit de l'Exorcisme aborde l'infanticide parmi l'audace d'un climat redoutablement pervers ! On pénètre d'entrée de jeu vers la découverte incongrue du vestige d'une sauvageonne exhumant le cadavre d'un bébé décharné. On enchaîne ensuite avec une éventuelle partie de jambes en l'air négociée entre adultes consentants dans le refuge d'une grange, alors qu'un témoin attardé tente de zyeuter le spectacle par des volets entrebâillés. Les minutes suivantes témoignent ensuite d'une relation "tendance pédophile" entre une aguicheuse nue et un enfant âgé de 12 ans. Une situation d'autant plus éhontée quant aux provocations verbales de la pécheresse intimidant le jeune voyeur aussi gêné qu'attiré par son anatomie sexuelle. Cette séquence subversive aurait sans doute rencontré aujourd'hui de sérieux problèmes avec la censure !


Saturé du climat solaire d'un paysage rural, cette trouble ambiance malsaine évolue dans le cadre d'une investigation de pénible haleine où chacun des personnages pourrait être le suspect idéal. En pourfendeur, Lucio Fulci brasse les tabous pour dresser le tableau peu reluisant d'une civilisation métayère intolérante, rétrograde et xénophobe envers l'étranger natif de l'urbanisation. Il pointe du doigt une religion sectaire endoctrinée dans le puritanisme et donc abrutissant une population effrayée par le progrès car préférant se réfugier dans les superstitions afin d'excuser des strangulations commises sur leurs enfants. L'incroyable séquence de lapidation à coups de triques et de chaîne rubigineuse constitue un exemple éloquent de l'animosité du paysan dans sa justice expéditive. L'un des seuls moments gores du film d'une cruauté insoupçonnée faisant écho à la torture du peintre crucifié de l'Au-dela. En prime, cette séquence incongrue est exacerbée d'une bande son mélodique accentuant le caractère pathétique d'un acte aussi barbare que gratuit, alors que la victime agonisante essaiera de se diriger à proximité d'une autoroute auquel aucun automobiliste n'aura le réflexe de lui prêter main forte. Niveau distribution, la sublime Barbara Bouchet casse son image glamour pour incarner une allumeuse cynique tributaire de ces fantasmes pédophiles, le spectateur étant autant attiré par sa sensualité raffinée que dérangé par son immoralité condamnable. Secondé par Tomas Milian (l'homme au 1000 visages !), l'acteur impose son charisme traditionnel pour incarner un journaliste avisé délibéré à démystifier cette sombre histoire d'infanticide. Pour clore ces têtes d'affiche inoubliables, je déclare ma flamme à la beauté contrariée de Florinda Bolkancelle exprimant la névrose d'une sorcière sauvageonne dont le lynchage communautaire nous ébranla d'empathie.


Les Enfants du Mal
En dépit de dialogues superficiels, de seconds rôles perfectibles (le point le plus répréhensible chez la filmo de Fulci), d'une scène choc ratée (l'escalade d'un corps du haut d'une falaise que l'Emmurée Vivante repompera 5 ans plus tard !) et de zooms grossiers, La Longue nuit de l'exorcisme s'édifie en thriller pestilentiel. De par son atmosphère malsaine particulièrement poisseuse et sa galerie indécente de marginaux véreux, Fulci en profite pour souligner en sous-texte social une diatribe contre l'obscurantisme et les superstitions au rythme mélancolique du tube d'Ornella Vanoni !

Note: À cause de son pitch critiquant l'Église catholique, le film fut inscrit sur liste noire et ne connu qu'une faible exploitation à travers l'Europe. Avant l'arrivée d'un DVD en 2000, il n'était jamais sorti aux États-Unis.

Bruno MatéïDédicace à Mathias Chaput.
18.01.11.   3


      

2 commentaires:

  1. Malsain à souhait et très osé de montrer des meurtres d'enfants. Un des meilleurs Fulci !

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  2. Tout à fait Céline, il reste audacieux et malsain

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